21 janvier 2005, à 9:15

Juste une théorie

L'évolution est traître. C'est une des théories les plus connues du grand public, et aussi une des moins comprises. Ce qui fait que des gens ne la comprenant pas la critiquent sur des points qui ne font pas partie d'elle. Par exemple, beaucoup pensent que l'évolution est un concept dont nous n'avons pas la certitude qu'il existe en pratique. L'évolution est un fait, et il est facile de faire des simulations et de constater que, lorsque les conditions de base sont réunies, l'évolution apparaît. La controverse entre les opposants et les défenseurs de l'évolution repose sur le fait de savoir si c'est ce processus qui a mené à l'existence de la vie telle que nous la connaissons, pas sur le fait que ce processus existe et soit simplement reproductible.

Le processus d'évolution est très simple en lui même, mais le fait que nous l'ayons d'abord appliqué au vivant nous conduit à y appliquer nos préjugés. Il est facile de penser que l'évolution de la vie avait pour but de mener à nous, même si nous savons pour la plupart que c'est faux. Il y a des préjugés qui sont moins évidents que celui-là, et les deux livres dont je vais parler me semblent donner une vision assez juste du problème.

Tout d'abord, le célèbrissime « Gène égoiste » de Richard Dawkins fournit un aperçu assez complet de l'évolution telle qu'elle est généralement acceptée, et repose sur le fait, rarement compris par les non spécialistes, que l'évolution favorise la reproduction des gènes, et non la survie des organismes. Étant, nous mêmes, des organismes, nous avons tendance à considérer que les phénomènes biologiques existent par, et pour, nous bien que ce ne soit pas systématiquement (et finalement, rarement) le cas. C'est le premier préjugé trompeur qui disparaît.

« L'éventail du vivant », de Stephen Jay Gould, règle son sort au deuxième préjugé, le mythe du progrès. On entend souvent parler d'échelle de l'évolution, avec plus ou moins l'homme à son sommet, et des bactéries à sa base. L'idée dans cette métaphore est que la vie a commencé avec des organismes simples, qui se sont complexifiés au fil du temps, pour mener à des organismes de plus en plus « évolués », dont l'humain. C'est oublier le fait que le règne dominant, à la fois en nombre d'individus et en quantité d'espace habité, est et a toujours été les bactéries. L'idée centrale du livre, superbement traîtée par Gould, est que l'évolution est un processus aveugle, un buissonnement, qui part dans tous les sens. Mais il y a une barrière, qui empêche les organismes simples de se simplifier. C'est la raison pour laquelle nous croyons voir une tendance à la complexification, alors que le buissonnement de l'évolution ne fait que s'étendre dans toutes les directions possibles.

Réducteur, déprimant, de se voir relégué dans une brindille de l'arbre du vivant, et simple véhicule de nos gènes ? Ni Dawkins ni Gould ne le pensaient, et ceux qui ne se vexeront pas et iront jusqu'au bout de leur lecture pourront voir que l'un comme l'autre sont plutôt optimistes sur la nature de l'humain.


Posted by Yusei | Categories: Lecture, Philosophie