L'évolution est traître. C'est une des théories les plus connues du grand public, et aussi une des moins comprises. Ce qui fait que des gens ne la comprenant pas la critiquent sur des points qui ne font pas partie d'elle. Par exemple, beaucoup pensent que l'évolution est un concept dont nous n'avons pas la certitude qu'il existe en pratique. L'évolution est un fait, et il est facile de faire des simulations et de constater que, lorsque les conditions de base sont réunies, l'évolution apparaît. La controverse entre les opposants et les défenseurs de l'évolution repose sur le fait de savoir si c'est ce processus qui a mené à l'existence de la vie telle que nous la connaissons, pas sur le fait que ce processus existe et soit simplement reproductible.
Le processus d'évolution est très simple en lui même, mais le fait que nous l'ayons d'abord appliqué au vivant nous conduit à y appliquer nos préjugés. Il est facile de penser que l'évolution de la vie avait pour but de mener à nous, même si nous savons pour la plupart que c'est faux. Il y a des préjugés qui sont moins évidents que celui-là, et les deux livres dont je vais parler me semblent donner une vision assez juste du problème.
Tout d'abord, le célèbrissime « Gène égoiste » de Richard Dawkins fournit un aperçu assez complet de l'évolution telle qu'elle est généralement acceptée, et repose sur le fait, rarement compris par les non spécialistes, que l'évolution favorise la reproduction des gènes, et non la survie des organismes. Étant, nous mêmes, des organismes, nous avons tendance à considérer que les phénomènes biologiques existent par, et pour, nous bien que ce ne soit pas systématiquement (et finalement, rarement) le cas. C'est le premier préjugé trompeur qui disparaît.
« L'éventail du vivant », de Stephen Jay Gould, règle son sort au deuxième préjugé, le mythe du progrès. On entend souvent parler d'échelle de l'évolution, avec plus ou moins l'homme à son sommet, et des bactéries à sa base. L'idée dans cette métaphore est que la vie a commencé avec des organismes simples, qui se sont complexifiés au fil du temps, pour mener à des organismes de plus en plus « évolués », dont l'humain. C'est oublier le fait que le règne dominant, à la fois en nombre d'individus et en quantité d'espace habité, est et a toujours été les bactéries. L'idée centrale du livre, superbement traîtée par Gould, est que l'évolution est un processus aveugle, un buissonnement, qui part dans tous les sens. Mais il y a une barrière, qui empêche les organismes simples de se simplifier. C'est la raison pour laquelle nous croyons voir une tendance à la complexification, alors que le buissonnement de l'évolution ne fait que s'étendre dans toutes les directions possibles.
Réducteur, déprimant, de se voir relégué dans une brindille de l'arbre du vivant, et simple véhicule de nos gènes ? Ni Dawkins ni Gould ne le pensaient, et ceux qui ne se vexeront pas et iront jusqu'au bout de leur lecture pourront voir que l'un comme l'autre sont plutôt optimistes sur la nature de l'humain.
- Je cherchais mon chat, ça fait une semaine qu'il a disparu, répondis-je en essuyant mes paumes moites de sueur sur mon pantalon. Il paraît que quelqu'un l'a vu par ici.
- À quoi il ressemble ?
- Un gros matou, avec des rayures brunes, et le bout de la queue un peu tordu.
- Et le nom, c'est quoi ?
- Noboru, répondis-je. Noboru Wataya.
- Pas le vôtre, celui du chat.
- Noboru Wataya.
- Ah ? C'est classe, pour un chat.
Je viens de me (re)lancer dans la lecture des Chroniques de l'oiseau à ressort, de l'auteur japonais Haruki Murakami. Le plus dur, maintenant, c'est d'arriver à le reposer pour faire autre chose. Murakami est un auteur étonnant, et ses romans vont du fantastique (La course au mouton sauvage) au roman intimiste (La ballade de l'impossible), en passant par la science-fiction (La fin des temps). La seule constante dans ses romans: il décrit un ordinaire surréaliste, et un fantastique banal.
Une tentative de non-explication de l'auteur, dans cette interview:
I don't know why I like weirdness so much. Myself, I'm a very realistic person. I don't trust anything New Age [...] I'm very realistic. But when I write, I write weird. That's very strange. When I'm getting more and more serious, I'm getting more and more weird. When I want to write about the reality of society and the world, it gets weird.
Le camée Léon venait de prendre la parole. Il balançait devant moi son petit plumeau en me parlant à la quatrième personne comme il sied à un valet de son espèce nuageuse. Avec tout l'enjouement dont je suis capable je lui objectai successivement le vacarme, l'idiotie parfaite des étages supérieurs et la cage d'ascenseur qui présentait aux nouveaux venus une grande seiche de lumière. Les derniers entrants, une femme et un homme de la navigation amoureuse, désiraient parler à Madame de Rosen. C'est ce que le camée Léon vint me dire, lorsque la sonnette retentit et que le brillantin se mit à glisser. De mon lit je n'apercevais que la veilleuse énorme de l'hôtel battant dans la rue comme un coeur ; et sur l'une des artères était écrit le mot : central, sur une autre le mot : froid, - froid de lion, froid de canard ou froid de bébé ? Mais le camée Léon frappait de nouveau à ma porte. [...]
5, dans Poisson soluble de André Breton.
L'écriture automatique consiste à écrire sans réfléchir à ce qu'on écrit. On l'utilise parfois pour faire du spiritisme, mais on retrouve aussi cette pratique dans le domaine artistique, depuis le Surréalisme. L'idée fondamentale derrière tout cela est que l'écriture automatique permet de s'affranchir des conventions et autres barrières mentales. Le plus étrange dans tout cela est que la lecture de ces oeuvres est intéressante. Il ne s'agit pas d'écriture aléatoire: il n'y aurait pas beaucoup d'intérêt à lire un poème écrit au hasard par un ordinateur (encore que...). Voila une piste originale pour les amateurs d'intelligence artificielle et de sciences cognitives, produire un programme capable de faire de l'écriture automatique qui ne soit pas de l'écriture aléatoire.