01 juin 2006, à 18:40

Le futur du texte : la fin du livre ?


Francis Pisani s'interroge sur le futur du livre  liquide, en réseau ? Comme d'habitude, certains sont choqués par l'idée de désacraliser le livre en permettant, horreur, des modifications :

décidément tous ceux qui nous vantent les mérites des livres électroniques sont des gens qui... lisent peu, ou du moins lisent des livres qui ne sont pas des livres "compliqués". Ce sont des fondus d'informatique et de technologie, pas des universitaires, romanciers, poètes, et autres habitués des bibliothèques

Évidemment, je suis informaticien, et donc lecteur de livres simples. Néanmoins je m'interroge. Le problème des œuvres dérivées (et donc du remixage) est particulièrement présent dans les œuvres sous licences libres. Les auteurs permettront-ils que l'on modifie leurs œuvres ou qu'on en réutilise des morceaux (autrement qu'en tant que citation) ? Les lecteurs y verront-ils un intérêt ? Verrons nous une version dérivée de Crime et Châtiment où Rasklonikov ne tue pas la vieille ? Où il échappe à la justice grâce à sa finesse d'esprit et son self-control ? Ce problème n'est pas un problème technique mais un problème de copyright. On aurait tort de penser que sans numérisation massive le remixage est impossible. Le livre électronique facilite cela, mais les auteurs réticents ne sont pas contraints de s'y plier.

Une forme extrême du futur du livre (de fiction) nous est apportée par Star Trek avec son holodeck : les auteurs écrivent des décors et des personnalités, et les « lecteurs » sont actifs et forment l'histoire par leurs actions. Encore une vision technophile qui semble annoncer la mort du texte figé. Une version science-fictionnelle des Livres dont Vous Êtes le Héros. Nous avons là un autre problème : l'influence du lecteur sur le texte, poussée à l'extrême puisqu'il peut réellement agir sur l'histoire. L'avenir nous dira si ce genre de divertissement interactif a du succès (si on en croit le marché des jeux vidéos, la réponse est oui), mais il n'est pas nécessairement incompatible avec des histoires figées. Les deux ne peuvent-ils pas cohabiter ? Vouloir vivre une aventure au XIXième siècle n'est pas la même chose qu'apprécier une œuvre d'art.


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13 mai 2006, à 9:36

Du thé russe artificiel


Dans le numéro 1 du nouveau magazine Philosophies, deux femmes débattent au sujet de l'utérus artificiel qui selon certains libère la femme des « contraintes » de l'enfantement, selon d'autres leur retire le « pouvoir » que leur donnait le fait d'être seules à pouvoir enfanter. Si cette technologie est créée, ou plutôt quand elle le sera, les implications seront nombreuses, et d'autres en ont certainement parlé mieux que moi qui n'ait pas lu Henri Atlan. Je voudrais juste rappeler qu'il existe une solution plus satisfaisante du point de vue du « pouvoir » d'enfanter, qu'on trouve par exemple dans les romans de S.F. de Iain M. Banks : quand les hommes ont envie de porter un enfant, ils deviennent une femme pour quelques temps. Il nous manque encore la technologie pour le faire, alors au travail.


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17 mars 2005, à 20:44

Vitesse de libération


Le Times Online publie un article intéressant sur Aubrey De Grey, dont j'ai déjà parlé, et sur sa conviction que le premier humain à vivre 150 ans a de fortes chances d'être aussi le premier humain à vivre 1000 ans, si l'on atteind une vitesse de libération à partir de laquelle la science de la lutte contre le vieillissement évoluera plus vite que le gain de durée de vie qu'elle apporte. Autrement dit, un traitement nous donne dix ans de vie supplémentaire, et pendant ces dix ans de nouveaux traitements sont développés, qui eux-même...

Parmis les objections évoquées par l'article, on trouve le fait que des humains immortels (par vieillissement, mais toujours mortels par accident) ne seraient plus humains. Il s'agit d'une objection d'ordre philosophique, puisque le critère qui détermine le changement d'espèce est ici assez flou, et même en admettant que nous devenions une nouvelle espèce, j'ai du mal à voir en quoi c'est un argument négatif. Pourtant, ceux qui l'utilisent trouvent ça évident.

D'autres personnes objectent que si nous vivons 1000 ans, notre mémoire ne pourra pas suivre et que, ne nous souvenant plus de nos cent premières années, nous ne serions plus la même personne. C'est une critique technique, qui repose sur le fait que nous ne soyons pas capables d'améliorer notre mémoire, ce qui reste à voir. Si nous étions capables de lutter contre le vieillissement, pourquoi serions nous fatalement incapables d'augmenter nos capacités ? Mais il est tout à fait possible qu'un obstacle insurmontable se dresse devant nous. Cependant, l'article répond très bien à cette objection. Je ne me souviens pas avec précision de mes dix premières années, est-ce que cela fait de moi une personne différente ? Ce qui définit l'identité d'une personne semble être la continuité dans les souvenirs, et pas l'ensemble des souvenirs.

Je passe sur d'autres critiques peu argumentées, qui attaquent l'optimisme de la démarche plutôt que les questions techniques. Il reste toutefois une certaine quantité d'objections qui ne sont plus techniques ou philosophiques mais sociales. Si l'on admet que lutter contre le vieillissement est faisable (voire souhaitable), il reste à résoudre les problèmes sociaux qui iront avec. Tout d'abord, l'accès équitable aux traitements, ensuite le respect de ceux qui choisiront de ne pas subir ces traitements, et enfin les éventuels problèmes liés à la conservation de nos modes de vies actuels avec des durées de vies bien plus importantes. Je vois donc deux étapes à accomplir. D'abord, une démarche scientifique pour déterminer si cela est possible, ensuite (ou mieux, en parallèle), une démarche politique pour faire en sorte que la société soit capable de recevoir ce progrès si elle le désire. D'une manière assez intéressante, tous les problèmes de société que l'on présente comme un obstacle à l'immortalité sont des problèmes que l'on aimerait bien voir résolus même si on ne vit jamais plus de 120 ans. Alors au boulot.

(Note surprenante tirée de l'article: les hommes semblent plus favorables que les femmes (75% contre 25%) à la lutte contre la mort. Je serais tenté de penser que cela vient du fait que l'on a habitué les femmes à accepter le risque de mourir pendant l'enfantement ou à se sacrifier pour leur progéniture, alors que l'allongement de la durée de vie semble imposer un contrôle des naissances, mais c'est peut-être un peu simplicite comme raisonnement. Des idées ?)


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12 décembre 2004, à 12:44

On prend tous le train qu'on peut, bis


Il y a quelques jours, je parlais d'un article sur Aubrey De Grey, un des grands défenseurs de la lutte contre le vieillissement. Cette fois-ci c'est un article plus complet (5 pages bien remplies), et plus axé sur les personnalités, que nous propose Popular Science. C'est à mon avis la meilleure approche, la plupart des propositions de De Grey étant un peu trop spéculatives pour que des non spécialistes puissent se prononcer. Il ressort de cet article une impression un peu mitigée du journaliste : d'un côté, De Grey a l'air un peu timbré (son look n'arrange rien), il est autodidacte, ses ambitions sont extrêmes, et une espèce de pessimisme ambiant nous fait douter que le futur puisse être vraiment positif. D'un autre côté, De Grey est écouté par ses collègues. Pas forcément cru et soutenu, mais écouté.

Un argument positif est assez bien résumé dans l'article: le vieillissement comme on le connaît n'est probablement une nécessité biologique, mais plutôt un effet secondaire de l'évolution par sélection naturelle. La sélection naturelle est un phénomène naturel qui, pour résumer, favorise les organismes les plus adaptés à leur environnement, alors pourquoi est-ce que l'évolution n'a pas éliminé le vieillissement ? Pour répondre à cela, il faut remarquer que la sélection naturelle ne favorise pas l'organisme qui survit le mieux, mais l'organisme qui a le plus de chances de se reproduire. Une fois qu'un organisme s'est reproduit, on peut dire que le processus de sélection naturelle « s'en désintéresse », ce qui explique que les individus vieillissant moins vite n'aie pas été favorisés.

Un autre point intéressant est que De Grey vise une extention radicale de la durée de vie moyenne, 5 000 ans (et donc bien plus pour la durée de vie maximale). Comme le souligne justement le journaliste, si on arrive à 150 ans en bonne santé, ce sera déjà un progrès appréciable. C'est la raison pour laquelle il est important d'avoir des buts idéalistes à long terme, même en étant réaliste. On peut très bien se rendre compte des difficultés innombrables qui mènent à cet objectif ultime, réaliser qu'il y a peu de chances qu'il soit atteint (de notre vivant), et néanmoins vouloir aller dans ce sens, car chaque pas en avant est bénéfique. Si l'on cherche à repousser la mort de 1000 ans, et qu'on en gagne 20, devra-t-on s'estimer perdants ?

Enfin, l'article souligne quelques problèmes éthiques potentiels, dont l'accès à ces traitements pour les plus pauvres, et le problème de surpopulation. Concernant l'accès aux plus pauvres, je dirais que l'on ne s'interdit pas de chercher un traitement contre le SIDA sous prétexte que peut-être, ce traitement sera d'abord accessible aux riches. Ce n'est pas spécialement le rôle des scientifiques que de résoudre ce problème, c'est plutôt le rôle de la société (les scientifiques en font partie, mais n'y sont pas seuls). Concernant le problème de surpopulation induit par une durée de vie multipliée par 100, l'auteur parle d'une vie sans enfants. C'est tout simplement faux, il faut parler d'une vie avec contrôle des naissances. Pour qu'il n'y ait pas d'augmentation de la population, il suffit qu'il y ait au maximum autant de naissances que de mort. L'équation est simple, cela fait un enfant par personne, tout au long de sa vie. Un contrôle strict me semble raisonnable, étant donné le bénéfice que l'on en retire. Et puis, si je devais vivre 5 000 ans, je pense que j'aurais la patience d'attendre quelques centaines d'années « qu'une place se libère » pour avoir un enfant.


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07 décembre 2004, à 0:03

On prend tous le train qu'on peut


Aging really is barbaric. It shouldn't be allowed. I don't need an ethical argument. I don't need any argument. It's visceral. To let people die is bad.

Cette citation d'Aubrey De Grey apparaît dans un article qui résume assez bien l'état de la lutte contre le vieillissement, à la fois sur le plan scientifique et social. Aubrey De Grey est un biologiste qui a décidé de lutter contre la mort « naturelle », sous la forme d'un projet nommé « Strategy for Engineered Negligible Senescence » (SENS). L'article en question est peut-être un peu trop optimiste, étant publié par une entreprise qui vend des suppléments nutritifs, et n'insiste pas beaucoup sur les opposants à la lutte contre le vieillissement, mais malgré tout, ça fait envie.


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