30 mars 2006, à 18:53

All your base are belong to us


Slashdot signale que Google est accusé de piratage biologique. Ils ont été nommés « plus grande menace contre la confidentialité (privacy) génétique », parce qu'ils prévoient de mettre en place une base de donnée génétique dans laquelle le public pourrait effectuer des recherches. Au premier abord, on a l'impression que ce titre dénonce le fait que l'on pourrait, en cherchant le nom de quelqu'un, obtenir son génome et ses prédispositions à développer certaines maladies, par exemple. En réalité, cela semble improbable (comment auraient-ils obtenu votre génome si vous ne le leur avez pas donné ?), et il est certain que si c'était possible, Google mettrait en place certaines protections. Malgré tout, le sujet est intéressant, et il faut s'en préoccuper.

Cependant, en inspectant un peu mieux le texte explication de la nomination, on se rend compte que la vraie motivation est toute autre. Il semble que certaines personnes soient outrées de se rendre compte que Google va rendre du contenu accessible gratuitement et à tout le monde. Du contenu qui par ailleurs est souvent breveté. Ainsi, 19 % des gènes connus seraient brevetés. Bien entendu, ces gènes ne sont pas des inventions mais des découvertes, ce qui rend leur brevetage douteux. Qu'on brevette leur utilisation dans certains cas, pourquoi pas, mais protéger le gène en lui même est aberrant.

D'après le site qui accuse Google, le piratage biologique signifie « la monopolisation (généralement par le biais de la propriété intellectuelle) de ressources génétiques et de savoir traditionnel [...] » On peut se demander en quoi rendre des informations accessibles correspond à cette définition.


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29 mars 2006, à 12:50

Doubleplus crimepensée


Il y a quelques années, quand tout le monde parlait du DMCA, j'avais été fasciné par les nombreux exemples qui montraient comment une telle loi attaque violemment la liberté d'expression (ce qui la rend inconstitutionnelle aux USA, mais bon passons). On trouve une sélection de ces exemples dans la gallerie des décrypteurs de CSS. CSS, c'est le truc qui est utilisé pour protéger les DVD contre la copie, et DeCSS, c'est un logiciel qui permet de casser ce cryptage, et qui me permet par exemple de lire mes DVD sur mon ordinateur. DeCSS tombe naturellement sous le coup du DMCA (et désormais chez nous du DAVDSI), ce qui le rend illégal.

Là où cela devient amusant, c'est qu'il est illégal de lire le texte du code source de ce logiciel à quelqu'un. Il est aussi illégal de le décrire ou de l'expliquer, sous une forme ou une autre, à quelqu'un. Dans la gallerie dont j'ai donné le lien, on peut donc trouver un poème, une chanson, un tshirt, un morceau de musique, un film, une image, qui décrivent ou utilisent cet algorithme, et sont donc illégaux. Encore plus fort, il existe aussi des nombres illégaux. Par exemple, le nombre premier qui décrit un fichier qui, lorsqu'on le décompresse à l'aide l'algorithme gzip, donne DeCSS.

Tout cela, c'est de l'histoire ancienne, cela date de 2001, mais il est temps d'en reparler puisque grâce à notre tout nouveau, tout beau, DADVSI, nous allons nous aussi interdire des nombres, des textes, des chansons, des morceaux de musique. Tout ça pourquoi ? Parce qu'un DRM qui fonctionne, c'est comme le mouvement perpétuel, ça n'existe pas, et que par conséquent il faut une loi pour nous forcer à faire comme si cela fonctionnait. Sans même remettre en question les arguments des défenseurs de cette loi, on peut quand même se demander si tout cela vaut vraiment la peine. Je me demande dans quelle mesure les protections du contournement pour assurer l'interopérabilité permettront de diffuser le nombre premier dont je parlais plus haut. Par exemple, ce message donne un lien vers des moyens de contournement de CSS, et le but du message n'est pas d'assurer l'interopérabilité, mais de critiquer le DADVSI. Logiquement, c'est interdit (mais je ne suis pas juriste).


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23 mars 2006, à 22:53

Les corsaires français, voleurs de pommes


J'avais décidé de ne pas parler du DADVSI. Je n'avais rien de pertinent à ajouter sur la question, tout ayant été dit. Toutefois, je me dois de soutenir Apple dans son combat contre le piratage sponsorisé par l'État. Rappelons-le, Apple fabrique des balladeurs et vend de la musique en ligne. Beaucoup de balladeurs et beaucoup de musique. Par conséquent, ils savent de quoi ils parlent, et s'ils considèrent que le DADVSI est une menace pour l'industrie de la musique, c'est certainement vrai.

Messieurs du Sénat, puisque tout est maintenant entre vos mains, retirez le DADVSI, sauvez Apple, et laissez moi lire et sauvegarder mes CD/DVD avec les logiciels de mon choix. Merci d'avance.


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17 mars 2006, à 12:19

Certains Politiciens Énervent


Avertissement: ce message contient de l'économie de comptoir. Si des économistes passent par ici, qu'ils aient l'amabilité d'excuser mes raccourcis, et de corriger mes erreurs.

Hier, j'ai fait une grosse erreur: j'ai tenté de regarder le débat télévisé de France 2 sur le CPE. Grave erreur, puisque le but du débat, côté gouvernement, était de convaincre qu'on en discute, et pas de convaincre que c'est bien. Dans un débat télévisé, on ne prend pas de décisions, on n'essaye pas de convaincre son adversaire mais les spectateurs, et donc on se permet de pratiquer l'art d'avoir toujours raison.

Que retirer de ce débat, alors ? Pas grand chose, dans la mesure où l'opposition était classique. Dans le camp des « pour », on défend la position des employeurs, et dans le camp des « contre », la position des salariés. C'est bien connu, les employeurs et les salariés ont par définition des aspirations différentes, et ce sont le marché et la loi qui leur permettent de se mettre d'accord. Aucun intérêt, donc, à débattre pendant des heures du fait que les employeurs veulent de la flexibilité et que les salariés souhaitent de la stabilité. On le savait déjà, et ce n'est pas le sujet. On voudrait plutôt savoir si le CPE est un « bon » contrat, et par conséquent on a aussi besoin de spécifier ce qui est bon.

Le problème, c'est que les deux camps ont en partie raison. Les « pour » indiquent que plus de flexibilité incite les employeurs à employer, c'est vrai. Les « contre » indiquent que plus de précarité, c'est pas cool, et c'est vrai aussi. La précarité des uns étant la flexibilité des autres, ce n'est pas suffisant pour conclure sur l'intéret du CPE.

Le but étant de réduire le chômage (des jeunes), voyons les moyens de réduire le chômage. Pour simplifier, un employeur crée un emploi lorsque cela lui permet d'augmenter sa satisfaction, qui dépend de plein de choses, dont le bénéfice de son entreprise et le risque pour l'avenir. Le bénéfice dépend de la demande en biens vendus par l'entreprise, et du coût d'un nouvel emploi (du salaire). Le risque dépend aussi de la demande (future) et de la flexibilité de l'emploi. Si l'État veut inciter les employeurs à employer, il faut donc qu'il influe sur le bénéfice ou sur le risque. Les possibilités sont les suivantes:

  1. Créer de la demande en dépensant l'argent de l'État. L'idée vient de Keynes, mais ça ne marche pas bien dans tous les contextes. C'est une politique interventionniste, et en plus, ça creuse la dette de l'État, ce qui est assez mal vu en ce moment.
  2. Augmenter le bénéfice en baissant/supprimant le SMIC. L'idée est que le marché de l'emploi trouverait un équilibre tout seul si on arrêtait de le réguler avec un salaire minimum imposé. Autrement dit, peut-être que le salaire moyen qui permette le plein emploi est très bas, et qu'en supprimant le SMIC on peut atteindre cette position d'équilibre.
  3. Augmenter le bénéfice en finançant les nouveaux emplois. Si on donne une prime aux employeurs pour chaque emploi durable créé, le bénéfice de création d'un emploi augmente. Interventionniste, coûte de l'argent, mal vu par l'UMP.
  4. Augmenter le bénéfice en diminuant les cotisations sociales. C'est le même principe, mais au lieu de donner de l'argent à l'employeur, on lui évite d'en verser. Ça coûte aussi de l'argent, mais c'est libéral, donc l'image est meilleure.
  5. Diminuer les risques en ayant une super croissance, un avenir radieux. On se demande encore comment faire ça.
  6. Diminuer les risques en flexibilisant/précarisant l'emploi. Si l'employeur ne peut pas prévoir un avenir brillant, le fait de savoir qu'il peut jouer sur l'emploi pour ajuster ses coûts lui permet d'embaucher quand c'est nécessaire, et de licencier quand ça n'est plus rentable.

Le choix du CPE est de jouer sur le point 6 en proposant une période d'essai très longue et un licensiement non motivé, et donc à priori, du point de vue du nombre d'emplois, c'est une position tout à fait valable. Quand ses défenseurs affirment qu'il va créer des emplois, ils sont probablement sincères. Dans ce cas, y a-t-il des critiques à faire à son sujet ?

  1. La plupart des gens seront d'accord pour dire que le point 2 (supprimer le SMIC), même s'il s'avérait efficace, serait inacceptable. Si le salaire parfait du point de vue du marché existe, rien ne dit qu'il permette au salarié de vivre correctement. De la même manière, si la flexibilité parfaite existe, rien ne dit qu'elle soit socialement acceptable. Le simple argument que le CPE puisse créer des emplois n'est pas suffisant.
  2. On nous dit: ce n'est pas parce que les employeurs peuvent licensier qu'ils vont licensier. C'est vrai. Mais le but de la loi, au risque de sembler naïf, est de protéger contre les méchants, pas contre les gentils. La plupart des gens ne vont jamais avoir envie de tuer personne, mais la loi interdit de tuer. Son objectif est d'empêcher les situations inacceptables de se produire, même si statistiquement elles sont rares. Si la loi autorise à abuser du licenciement, alors certains vont en abuser, même s'ils sont peu nombreux. Par conséquent, dans le débat sur le CPE, il ne faut pas s'interroger sur la volonté d'abuser, mais sur la possibilité.
  3. Enfin, je soupçonne (haha) le gouvernement d'avoir un parti pris en faveur des propositions libérales. Les 35 heures sont un exemple de mesure interventionniste qui ne remet pas en question le salaire minimum, qui ne remet pas en question le droit du salarié et qui, selon l'estimation du Medef, a créé 200.000 emplois. Mais ce genre de mesure est inimaginable pour le gouvernement actuel, qui y voit d'ailleurs la cause de tous les maux. Quand le gouvernement accuse les opposants au CPE de ne pas proposer d'alternative, il parle bien sûr d'alternative libérale, ce qui limite les possibilités.

Pour conclure, je dirais qu'il n'y a pas de réponse objective. La réponse dépend de ce que la société trouve acceptable en matière d'emploi. Si la majorité des salariés trouve qu'une période d'essai de deux ans est inacceptable, alors elle l'est. Les employeurs n'ont pas le pouvoir de forcer les salariés à se plier à leurs règles (ils sont moins nombreux), donc si ce type de contrat dure, cela signifiera qu'il est acceptable. Il est passé en force cette fois, mais si les français élisent en 2007 un gouvernement qui le maintient, c'est qu'ils l'ont accepté. Le risque est, bien sûr, que la majorité des français n'en ait rien à faire.


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04 février 2006, à 13:58

Il faut poser des limites à la liberté d'expression...


... c'était le mot de la fin d'une invitée du médiateur de France 2. De manière étonnante, aucun des participants au débat n'a cru bon de défendre la liberté de la presse de caricaturer, tout au plus le droit de diffuser les caricatures pour informer sur la crise actuelle. L'opinion majoritaire en ce moment semble être : il faut respecter les religions. C'est à se demander par quel miracle Fluide Glacial a réussi à publier un Or Série sur les religions. On y trouve entre autres:

vulgarisation du vocabulaire islamique (offert par l'ambassade des USA) :
musulman : voir islamiste
islamiste : voir terroriste
terroriste : voir arabe
arabe : voir musulman


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