08 octobre 2004, à 12:44

Apologie de la fainéantise


Les 35 heures sont pour certains une réforme efficace, et pour d'autres la source de tous les maux. Les mêmes chiffres sont utilisés par les deux camps, ce qui montre à quel point il est difficile d'isoler les conséquences d'un facteur parmi des dizaines d'autres. Il existe pourtant un point qui est trop rarement évoqué. Une politique économique n'a de sens que si on précise son but. Pour savoir si elle est efficace, il faut d'abord isoler le but vers lequel on voudrait aller, et voir si elle va effectivement dans ce sens.

Dans le domaine de l'emploi, on peut distinguer deux grandes catégories de travail. Il y a le travail qui est effectué pour vivre, et « le reste », qui inclue le travail fait par plaisir, par intérêt, par conviction, etc. Pourquoi distinguer les deux ? Le travail effectué par nécessité est différent des autres par bien des aspects, dont le plus évident est que sans ce travail, on a du mal à vivre correctement. Un autre aspect est qu'on ne fait pas ce travail par envie. Les autres types de travail sont effectués pour des raisons sociales ou personnelles, et sont donc radicalement différentes. Ce sujet est développé de manière très intéressante dans L'Éthique hacker et l'esprit de l'ère de l'information, de Pekka Himanen.

On peut isoler deux buts que devrait avoir une politique économique. Tout d'abord, à court terme, il faut essayer de faire en sorte qu'un maximum de gens puissent assouvir leur besoin de travail nécessaire, pour qu'ils puissent vivre dans de bonnes conditions. Ensuite, un but idéalisé, à très long terme, serait de réduire cette quantité de travail nécessaire. Du point de vue d'un individu, le progrès technique n'a de sens que s'il réduit sa charge de corvées, pas s'il l'augmente. Ce but idéalisé n'est pas partagé par tous. Certains voient le travail comme faisant partie de la nature humaine (voire comme un devoir religieux, pour les protestants). C'est ce qui explique que la réduction du temps de travail est souvent dénoncée comme une réforme de « fainéants ». C'est ignorer l'existence de cette autre catégorie de travail dont je parlais plus haut. Ne pas devoir travailler pour vivre ne veut pas dire absence de travail, mais flexibilité dans le choix de ce travail.

Revenons aux 35 heures. Il est évident qu'une réduction du temps de travail va dans le sens de ce que j'appelle le but idéalisé (car non atteignable avant longtemps). Cela ne suffit pas à en faire une bonne politique économique. Considérant le but à court terme, le principe des 35 heures est de répartir une partie des emplois sur des gens qui n'en ont pas. Les gens disposant d'un emploi en sacrifient quelques heures pour en donner à ceux qui n'en ont pas. Cela va bien dans le sens que j'ai défini, et dit qu'il faut favoriser le nombre de gens pouvant accomplir leur part de travail vital plutôt que la capacité des gens qui peuvent déjà faire cela à gagner plus pour leur confort (au sens large, tout ce qui est au dela de la simple survie).

La question importante est donc: est-ce que les 35 heures parviennent à ce but à court terme ? La seule objection pertinent que j'ai lue est que les entreprises demandent la même charge de travail à leurs employés, et n'engagent pas de nouvelles personnes. Si l'on croit ne serait-ce qu'un peu à la régulation automatique du marché et au libéralisme, on doit croire que ce n'est que temporaire. Peu à peu, les entreprises vont oublier qu'il y a eu réforme, et se contenteront de combler leurs besoins en main d'oeuvre. L'effet que l'on observe est forcément temporaire, même s'il met du temps à se résorber. On a observé le même phénomène lors du passage à l'euro: les commerçants ont augmenté leurs prix pour profiter de la réforme, mais si l'on croit que le marché se régule tout seul, tôt où tard les prix vont se réaligner sur la demande. Ce qui ne change rien au malaise des gens qui vivent dans la mauvaise période.

Je prétend donc que les 35 heures sont une politique économique qui va dans le sens du but à court terme, mais aussi du but à long terme, ce qui la place au dessus des réformes aussi efficaces mais qui oublieraient le long terme.


Posté par Yusei | Permalink | Catégories: Aujourd'hui

01 octobre 2004, à 19:38

I know Kung-fu


La représentation des connaissances est un problème auquel nous sommes tous confrontés. D'abord, pour apprendre un sujet, nous sentons tous intuitivement qu'un cours magistral ou un livre ne sont pas les meilleures méthodes, car elles ne mettent pas assez en avant les liens entre leurs objets. Ensuite, lorsque nous avons appris un sujet, mais que nous ne l'avons plus pratiqué depuis longtemps, il est difficile de se « remettre dans le bain », et il faut parfois refaire le parcours d'apprentissage d'origine.

La méthode de Mind mapping, créée par Tony Buzan, se pratique avec une feuille de papier et des stylos de couleur. Il s'agit de représenter les liens sémantiques entre les différents objets composant le sujet. On note au centre de la feuille le sujet principal, dans une bulle, puis chaque objet abordé est noté quelque part sur la feuille et relié à l'objet qui en découle par un trait. On utilise les couleurs, les formes, les distances et des dessins pour faire des séparations ou souligner des éléments (un exemple est plus clair qu'une explication). Les mind maps peuvent être utilisées pour prendre des notes, et permettent de se remettre en mémoire le contenu des notes beaucoup plus facilement, en s'appuyant sur le visuel.

Il existe de nombreux logiciels permettant de faire du mind mapping, dont le logiciel libre FreeMind, qui est assez agréable d'utilisation, mais qui a le défaut d'être fait en Java et de ne pas fonctionner sur les machines virtuelles libres (pour autant que je sache). Il peut se piloter au clavier, ce qui permet de l'utiliser pour prendre des notes. J'ai quelques envies qui ne rentrent pas dans le mode de fonctionnement de FreeMind, j'espère que j'aurai le temps de les mettre en pratique.


Posté par Yusei | Permalink | Catégories: Aujourd'hui

25 septembre 2004, à 15:25

Conscience écologique


L'autre jour, en me promenant, je suis passé à deux reprises devant des collecteurs de verre et papier. J'ai vu trois fois des personnes arriver en voiture, se garer, et y déposer leurs déchêts. C'est super de participer au recyclage, mais en voyant le gabarit de leurs voitures, je ne peux pas m'empêcher de trouver cela ironique, et de me dire que s'ils faisaient le même trajet régulièrement et à pieds, ce serait encore mieux, tant pour leur santé que pour l'environnement.

En ce moment, c'est le mondial de l'automobile paraît-il. À cette occasion, Libération parle de la journée sans voitures, des émissions de gaz carbonique et des voitures écologiques qui semblent d'actualité. Un peu avant, et sans lien avec le mondial de l'auto, est paru un livre électronique (en américain) décrivant « comment économiser de l'énergie sans qu'on se moque de vous » (le lien principal de fonctionne plus mais des miroirs se trouvent dans les commentaires). L'auteur accepte l'argent et les commentaires constructifs.


Posté par Yusei | Permalink | Catégories: Aujourd'hui

23 septembre 2004, à 11:23

Nous vous avons menti


Trouvé sur ce blog via Boing Boing, cette pseudo lettre ouverte de l'industrie informatique à l'industrie des loisirs:

Chers producteurs et possesseurs de contenu:

Nous vous avons menti. Pendant l'âge d'or des années 80 et 90, nous vous avons dit que les micro-paiements et la protection du contenu allaient fonctionner. Que vous pourriez facturer de minuscules sommes d'argent quand quelqu'un écouterait votre musique ou regarderait votre film. Nous vous avons dit des contre-vérités dont nous savions parfaitement qu'elles ne fonctionneraient jamais - après tout, nous ne les aurions jamais utilisées nous-mêmes. À la place, nous avons écrit des choses comme Kazaa et Gnutella, et d'autres logiciels de P2P maléfiques pour obtenir vos trucs gratuitement.

Nous vous avons dit ces choses pour que vous financiez ce que nous voulions vraiment construire, et pas ce que vous auriez voulu qu'il soit construit. Nous savions depuis le début que les modèles de DRM ne fonctionnaient pas, et nous savions que tout ce que nous pouvions créer, nous pouvions aussi le contourner. Nous ne nous en soucions plus, car votre argent nous a rendu plus importants que vous.

Regardez nous: chaque année, nous obtenons plus des jeux vidéos que la valeur de toute votre industrie. Comment faisons-nous cela ? Nous aimons nos clients. Nous ne les traîtons pas comme des criminels potentiels, et nous n'essayons pas de faire que nos produits fassent moins de choses. Nous inventons de nouvelles choses, comme des jeux de rôle en ligne, d'où l'argent ne vient pas de la duplication de bits (qui ne peut être stoppée, peu importe vos idées de DRM) mais de l'apport de sensations que les gens recherchent.

Nous avons vu que vous étiez vieux et faibles. Alors nous en avons tiré avantage: nous vous avons dit ce que vous vouliez entendre afin de pouvoir vous démolir vingt ans plus tard. Certains de nous vous ont dit que le futur serait interactif. Qu'avez-vous fait ? Vous avez commencé à réfléchir à la manière de faire des films interactifs (CD-I, quelqu'un ?), ce qui ne correspondait pas à la vraie signification, pendant que nous écrivions des jeux et que nous essayions de comprendre les nouveaux médiums, et pas comment les adapter à de vieux concepts.

Nous vous avons menti. Et nous nous en excusons, mais c'était pour le meilleur. C'est pourquoi nous ne sommes pas le moins du monde désolés.

Signé: l'Industrie Informatique


Posté par Yusei | Permalink | Catégories: Aujourd'hui

19 septembre 2004, à 19:56

Jeux vidéos et logiciels libres


Est-il possible d'avoir des jeux vidéos libres de qualité équivalente à celle des jeux propriétaires que l'on trouve dans le commerce ? La question a été souvent posée, et la réponse est souvent négative, mais peut-être à tort.

Un des avantages fourni par les logiciels libres est que l'on peut corriger soi-même les erreurs dans le code source, ou porter le logiciel sur sa plateforme préférée. C'est important dans le cas d'un jeu: combien d'entre-nous n'ont jamais eu envie de rejouer à un ancien jeu, pour se rendre compte qu'il ne fonctionnait pas sur leur plateforme actuelle ? Je vais me focaliser sur cet avantage, pour faire court.

Les principales objections au développement de jeux libres sont le manque de rentabilité (argument copieusement critiqué, je ne m'y attarderai pas), et le fait que le développement d'un jeu de qualité nécessite beaucoup d'employés, et pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Pas seulement des programmeurs, mais également des artistes, qui ont beaucoup moins la « culture » du libre. Faisons la séparation entre la partie dépendant des programmeurs, le moteur de jeu, dont il existe beaucoup d'exemples libres, et la partie dépendant des artistes, les données. Ce qui fait la personnalité d'un jeu, ce sont ces données, et ce n'est pas une coïncidence si c'est souvent ce qui est inachevé dans les jeux développés par des amateurs bénévoles.

Nous pourrions imaginer une entreprise qui développe un moteur de jeu libre, et des données propriétaires. Le code source du jeu étant disponible, le jeu est améliorable par n'importe qui, et portable sur n'importe quelle architecture. Cependant, les données n'étant pas libres, cela implique d'accepter une licence qui peut déplaire pour des raisons philosophiques, et cela implique également que si l'entreprise éditrice disparaît, le jeu est condamné à ne plus évoluer.

Imaginons maintenant une entreprise qui vende ses jeux sous la licence suivante. Le moteur du jeu est disponible sous licence GPL. Les données sont propriétaires, mais deviennent libre (sous licence GPL) lorsqu'une de ces conditions (au moins) est remplie:

  • X copies du jeu sont vendues
  • Y mois ce sont écoulés depuis la sortie du jeu
  • Le détenteur du copyright le décide.

Les valeurs de X et Y dépendraient du coût de développement du jeu. X afin d'assurer sa rentabilité, Y afin d'assurer que même si le jeu n'a aucun succès il sera libéré un jour. La dernière condition permet de libérer le jeu plus tôt si le détenteur du copyirght en a envie. Ce genre de licence me paraît un bon compromis entre des exigences commerciales et une garantie pour les utilisateurs.


Posté par Yusei | Permalink | Catégories: Aujourd'hui