01 janvier 2006, à 2:11

Bananier


Dans la nuit du 24 au 25 décembre, j'ai pu constater que Saint Nicolas, à la pointe de la modernité, avait laissé tombé les rennes et s'était procuré des hélicoptères. Whoa. C'est bruyant, mais c'est sûrement très efficace pour convaincre les enfants d'être sages, sous peine de recevoir la visite du père fouettard qui, lui, dispose également de flashballs.

Cette nuit, pareil, nous pouvions entendre le doux vol des sarkoptères™ au dessus de la ville. Je ne sais pas si ça a évité aux voitures de brûler, mais avec les explosions des feux d'artifice, en fermant les yeux on se croirait en plein film de guerre. Elle va être belle, la France, en 2007.


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28 mai 2005, à 11:50

Les deux facettes du référendum


Les partisans du "oui" dénoncent la multiplicité du "non", expliquant qu'en cas de victoire du "non", la renégociation est impossible en raison du trop grand nombre d'arguments divergeants. C'est un argument qui se défend, mais je pense que ça contribue à occulter l'ambiguïté du vote, qu'il soit positif ou négatif.

En réalité, il y a deux manières de répondre au référendum de demain, et ces deux manières divisent le camp du "oui" aussi bien que celui du "non". Il y a d'un côté les idéalistes qui répondront à la question "ce texte est-il comme vous le souhaitez ?", et de l'autre côté les pragmatiques, qui répondront à la question "êtes-vous prêts à accepter ce texte, malgré ses trop nombreux défauts ?". Le véritable conflit apparaît entre les optimistes d'un camp et les pragmatiques de l'autre (par exemple, les socialistes qui sont prêts à accepter le texte malgré son côté libéral, et les socialistes qui voudraient idéalement un texte social). Malheureusement, en cas de renégociation, le conflit se déplacera entre les optimistes des deux camps, c'est à dire entre ceux qui veulent plus de libéral et ceux qui veulent plus de social.

Je pense que c'est un problème fondamental dans cette consultation: elle divise des personnes qui seraient rassemblées si elles devaient écrire le texte, et rassemble des personnes qui seraient divisées si elles devaient l'écrire. Comment résoudre ce problème ? La réponse la plus évidente (peut-être pas la meilleure) serait de diviser les gens avant de les faire négocier, c'est à dire de demander au peuple d'élire les personnes qui sont chargées d'écrire le texte, et de ne plus leur demander leur avis après. Une autre solution serait de faire voter les gens sur de petits morceaux du texte, et pas sur le gros pavé final. Ça semble correspondre à l'idée que "l'Europe avance par petits pas", mais est-ce faisable en pratique ?


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25 avril 2005, à 20:01

Maître du Monde


Google a, en son temps, révolutionné le monde des moteurs de recherche: on est passé d'un monde où les créateurs de sites décidaient de comment ils seraient indexés à un monde où ce sont les utilisateurs des sites qui décident cela (en faisant des liens). Depuis, Google a été une entreprise innovante qui a développé ses services de recherches à beaucoup d'autres domaines (dont le très impressionant Google Maps), mais le domaine de la recherche de sites webs semble stagner.

Quelles améliorations serait-il possible d'apporter à court termes à un moteur de recherche ? N'étant pas spécialiste, je ne saurais pas me prononcer sur les changements fondamentaux, mais j'entrevois une possibilité intéressante. Admettons, par exemple, que je cherche le sens mathématique du mot « boule ». Une recherche sur ce simple mot ne sera pas suffisante, car il a beaucoup trop de sens différents. Actuellement, il faut jouer à deviner quels autres mots peuvent être présents sur la page qui m'intéresse. C'est parfois possible (« boule topologie » est plus satisfaisant), mais pas toujours. Ce qui manque, c'est la possibilité de spécifier un contexte sémantique. Malheureusement, pour qu'un moteur de recherche permette de spécifier un contexte sémantique, il faudrait d'abord qu'il comprenne le sens du texte... à moins que...

Google renouvelé le domaine de la recherche en introduisant le concept de PageRank: chaque site se voit attribué un score, et il transmet une partie de son score aux sites vers lesquels il fait des liens. Cela permet au moteur de recherche de juger (approximativement) de la popularité et de la pertinance des sites sans devoir en comprendre le contenu. Il serait tout à fait possible d'étendre ce concept, et d'autoriser en plus du score de transmettre des concepts. Par exemple, le site MathWorld aurait un score élevé pour des concepts comme « mathématiques » ou « glossaire », alors que Libération aurait un score élevé en « actualités » et « vulgarisation ». En transmettant une partie de leurs scores aux sites vers lesquels ils lient, chaque site marqué sémantiquement contribuerait à construire des catégories se superposant. Ainsi, je pourrais rechercher « Fermat » avec le contexte « mathématiques » et tomber sur la définition des théorèmes de fermat sur MathWorld, ou bien avec le contexte « actualités » et tomber sur les annonces concernant la preuve d'Andrew Wiles.

Une des propriétés du réseau Internet fait que ce genre de méthode est réellement applicable: le graphe correspondant aux liens hypertexte entre les sites Web est constitué d'un petit nombre de sommets très connectés (des hubs), et la plupart des autres sommets sont connectés par un court chemin à un de ces hubs. Par conséquent, en isolant les sommets les plus connectés et en leur attribuant des concepts à la main, on peut recouvrir une partie raisonnablement importante du Web.


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18 avril 2005, à 20:55

Aide toi et le ciel t'aidera


Les plus outranciers des capitalibéralistes ne se gènent pas pour le dire: si des gens sont pauvres, c'est de leur faute, après tout ils n'avaient qu'à gagner de l'argent. On a donc d'une part les gens qui savent se prendre en main et qui ont une vie décente, et d'autre part des gens improductifs que la société est bien bonne d'entretenir.

Seulement, quand le capitalisme décide de faire dans le social sans verser dans la charité, on obtient des résultats surprenants. Les banques accordants des micro-crédits en sont un bon exemple: il s'agit d'accorder des prets de relativement petites sommes à des gens auxquels jamais une "vraie" banque n'accepterait de prêter quoi que ce soit, afin de leur donner l'élan financier nécessaire pour se sortir de la merde, n'ayons pas peur des mots. C'est ainsi qu'on voit fleurir des mini-entreprises de quelques personnes, et que la quasi-totalité des prêts sont remboursés, ce qui fait de ces banques un service rentable. Les premiers à avoir lancé une banque de ce type (ou les premiers médiatisés, pour ce que j'en sais) sont la Grammeen Bank, au Bangladesh, et on aurait pu croire que ce genre de démarche resterait cantonné aux pays en développement. Pas du tout, ça existe aussi aux États-Unis et en France, et ça marche tout aussi bien, semble-t-il.

(Une particularité intéressante de la Grameen Bank était de ne prêter qu'aux femmes, je vous laisse réfléchir là dessus).


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16 avril 2005, à 11:26

Le rôle de la France


Concernant le projet de constitution européenne, on a d'abord entendu que voter "non" freinerait le développement de l'Europe. C'est un argument pertinent car les opposants au traité viennent d'horizons parfois éloignés: le "non" risque de l'emporter en France parce que le traité n'est pas assez "social", alors que l'Angleterre est globalement contre parce que le traité est trop "social". La renégociation en cas de rejet peut donc sembler difficile (j'y reviendrai).

Seulement, il est vite apparu que même si la France et d'autres pays rejetaient le traité, l'Europe pourrait bien continuer sans nous. Alors le nouvel argument à la mode, c'est de défendre la Puissance de la France. Pour paraphraser notre président, on a le choix entre voter "oui" et être des leaders de l'Europe, ou voter "non" et être laissés de côté.

Tout d'abord, j'ai du mal à comprendre comment on peut être leaders si notre avis nous est dicté par les autres pays. En toute logique, l'avis d'un pays puissant et important est écouté et apprécié, or on nous dit que si notre avis n'est pas celui des autres pays, nous serons ignorés. Ce n'est pas très caractéristique d'un leader. Mais admettons.

Quand bien même nous pourrions être des leaders, est-ce opportun ? Je suppose que chaque état de l'Union aimerait bien faire partie des leaders, et je ne vois pas trop quels critères devraient nous permettre de décider qui le peut. La France fait historiquement partie des pays qui ont contribué à la formation de l'UE, mais doit-on en espérer une reconnaissance particulière ? J'ai du mal à comprendre pour quelle raison nous devrions défendre la puissance de notre nation au lieu de tenter une répartition équitable du pouvoir entre tous les états membres.

Selon moi, le problème n'est pas que la France perde de l'influence en cas de rejet du traité, mais que la majorité des états membres puissent décider de se passer de l'avis de quelques états et de continuer sans eux. Qu'il s'agisse d'ignorer l'avis de la France ou de la Pologne, peu importe, dans les deux cas c'est aussi dérangeant. Voulons-nous d'une Europe où le choix des pays à écouter évolue en fonction des décisions à prendre ? Il me semble que voter oui par peur que cela n'arrive, c'est avouer que l'on ne croit pas en une Europe démocratique. L'avenir nous dira peut-être si cette peur est justifiée, mais je ne considère pas que cet argument là justifie un "oui, mais" au référendum.


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