Avertissement: ce message contient de l'économie de comptoir. Si des économistes passent par ici, qu'ils aient l'amabilité d'excuser mes raccourcis, et de corriger mes erreurs.
Hier, j'ai fait une grosse erreur: j'ai tenté de regarder le débat télévisé de France 2 sur le CPE. Grave erreur, puisque le but du débat, côté gouvernement, était de convaincre qu'on en discute, et pas de convaincre que c'est bien. Dans un débat télévisé, on ne prend pas de décisions, on n'essaye pas de convaincre son adversaire mais les spectateurs, et donc on se permet de pratiquer l'art d'avoir toujours raison.
Que retirer de ce débat, alors ? Pas grand chose, dans la mesure où l'opposition était classique. Dans le camp des « pour », on défend la position des employeurs, et dans le camp des « contre », la position des salariés. C'est bien connu, les employeurs et les salariés ont par définition des aspirations différentes, et ce sont le marché et la loi qui leur permettent de se mettre d'accord. Aucun intérêt, donc, à débattre pendant des heures du fait que les employeurs veulent de la flexibilité et que les salariés souhaitent de la stabilité. On le savait déjà, et ce n'est pas le sujet. On voudrait plutôt savoir si le CPE est un « bon » contrat, et par conséquent on a aussi besoin de spécifier ce qui est bon.
Le problème, c'est que les deux camps ont en partie raison. Les « pour » indiquent que plus de flexibilité incite les employeurs à employer, c'est vrai. Les « contre » indiquent que plus de précarité, c'est pas cool, et c'est vrai aussi. La précarité des uns étant la flexibilité des autres, ce n'est pas suffisant pour conclure sur l'intéret du CPE.
Le but étant de réduire le chômage (des jeunes), voyons les moyens de réduire le chômage. Pour simplifier, un employeur crée un emploi lorsque cela lui permet d'augmenter sa satisfaction, qui dépend de plein de choses, dont le bénéfice de son entreprise et le risque pour l'avenir. Le bénéfice dépend de la demande en biens vendus par l'entreprise, et du coût d'un nouvel emploi (du salaire). Le risque dépend aussi de la demande (future) et de la flexibilité de l'emploi. Si l'État veut inciter les employeurs à employer, il faut donc qu'il influe sur le bénéfice ou sur le risque. Les possibilités sont les suivantes:
Le choix du CPE est de jouer sur le point 6 en proposant une période d'essai très longue et un licensiement non motivé, et donc à priori, du point de vue du nombre d'emplois, c'est une position tout à fait valable. Quand ses défenseurs affirment qu'il va créer des emplois, ils sont probablement sincères. Dans ce cas, y a-t-il des critiques à faire à son sujet ?
Pour conclure, je dirais qu'il n'y a pas de réponse objective. La réponse dépend de ce que la société trouve acceptable en matière d'emploi. Si la majorité des salariés trouve qu'une période d'essai de deux ans est inacceptable, alors elle l'est. Les employeurs n'ont pas le pouvoir de forcer les salariés à se plier à leurs règles (ils sont moins nombreux), donc si ce type de contrat dure, cela signifiera qu'il est acceptable. Il est passé en force cette fois, mais si les français élisent en 2007 un gouvernement qui le maintient, c'est qu'ils l'ont accepté. Le risque est, bien sûr, que la majorité des français n'en ait rien à faire.