28 mai 2005, à 11:50
Les deux facettes du référendum
Les partisans du "oui" dénoncent la multiplicité du "non", expliquant qu'en cas de victoire du "non", la renégociation est impossible en raison du trop grand nombre d'arguments divergeants. C'est un argument qui se défend, mais je pense que ça contribue à occulter l'ambiguïté du vote, qu'il soit positif ou négatif.
En réalité, il y a deux manières de répondre au référendum de demain, et ces deux manières divisent le camp du "oui" aussi bien que celui du "non". Il y a d'un côté les idéalistes qui répondront à la question "ce texte est-il comme vous le souhaitez ?", et de l'autre côté les pragmatiques, qui répondront à la question "êtes-vous prêts à accepter ce texte, malgré ses trop nombreux défauts ?". Le véritable conflit apparaît entre les optimistes d'un camp et les pragmatiques de l'autre (par exemple, les socialistes qui sont prêts à accepter le texte malgré son côté libéral, et les socialistes qui voudraient idéalement un texte social). Malheureusement, en cas de renégociation, le conflit se déplacera entre les optimistes des deux camps, c'est à dire entre ceux qui veulent plus de libéral et ceux qui veulent plus de social.
Je pense que c'est un problème fondamental dans cette consultation: elle divise des personnes qui seraient rassemblées si elles devaient écrire le texte, et rassemble des personnes qui seraient divisées si elles devaient l'écrire. Comment résoudre ce problème ? La réponse la plus évidente (peut-être pas la meilleure) serait de diviser les gens avant de les faire négocier, c'est à dire de demander au peuple d'élire les personnes qui sont chargées d'écrire le texte, et de ne plus leur demander leur avis après. Une autre solution serait de faire voter les gens sur de petits morceaux du texte, et pas sur le gros pavé final. Ça semble correspondre à l'idée que "l'Europe avance par petits pas", mais est-ce faisable en pratique ?