Concernant le projet de constitution européenne, on a d'abord entendu que voter "non" freinerait le développement de l'Europe. C'est un argument pertinent car les opposants au traité viennent d'horizons parfois éloignés: le "non" risque de l'emporter en France parce que le traité n'est pas assez "social", alors que l'Angleterre est globalement contre parce que le traité est trop "social". La renégociation en cas de rejet peut donc sembler difficile (j'y reviendrai).
Seulement, il est vite apparu que même si la France et d'autres pays rejetaient le traité, l'Europe pourrait bien continuer sans nous. Alors le nouvel argument à la mode, c'est de défendre la Puissance de la France. Pour paraphraser notre président, on a le choix entre voter "oui" et être des leaders de l'Europe, ou voter "non" et être laissés de côté.
Tout d'abord, j'ai du mal à comprendre comment on peut être leaders si notre avis nous est dicté par les autres pays. En toute logique, l'avis d'un pays puissant et important est écouté et apprécié, or on nous dit que si notre avis n'est pas celui des autres pays, nous serons ignorés. Ce n'est pas très caractéristique d'un leader. Mais admettons.
Quand bien même nous pourrions être des leaders, est-ce opportun ? Je suppose que chaque état de l'Union aimerait bien faire partie des leaders, et je ne vois pas trop quels critères devraient nous permettre de décider qui le peut. La France fait historiquement partie des pays qui ont contribué à la formation de l'UE, mais doit-on en espérer une reconnaissance particulière ? J'ai du mal à comprendre pour quelle raison nous devrions défendre la puissance de notre nation au lieu de tenter une répartition équitable du pouvoir entre tous les états membres.
Selon moi, le problème n'est pas que la France perde de l'influence en cas de rejet du traité, mais que la majorité des états membres puissent décider de se passer de l'avis de quelques états et de continuer sans eux. Qu'il s'agisse d'ignorer l'avis de la France ou de la Pologne, peu importe, dans les deux cas c'est aussi dérangeant. Voulons-nous d'une Europe où le choix des pays à écouter évolue en fonction des décisions à prendre ? Il me semble que voter oui par peur que cela n'arrive, c'est avouer que l'on ne croit pas en une Europe démocratique. L'avenir nous dira peut-être si cette peur est justifiée, mais je ne considère pas que cet argument là justifie un "oui, mais" au référendum.