27 mars 2005, à 1:02

Prenez-nous pour des cons


Après une visite la semaine dernière d'Henri Emmanuelli, venu pour promouvoir le "non" au référendum (mais qui avait oublié son argumentaire dans sa loge), Thierry Ardisson recevait ce soir Pierre Lellouche, député UMP, venu vanter les mérites du "oui".

Attention, ce monsieur croit en la démocratie: il fallait demander son avis au peuple. Et aussi, surtout, il se garde bien d'être alarmiste. Mais bon le problème, c'est que le peuple n'a pas connu la guerre, on n'a plus peur des allemands, alors on ne se préoccupe plus de l'unité de l'Europe. Et si on rejette cette constitution, c'en est fini de cette belle communauté: l'Europe sera faible, désunie, chaotique, face aux autres grandes puissances menaçantes que sont les "cowboys" étasuniens, les chinois armés jusqu'aux dents et les indiens qui ont mis la main sur tous nos services de hotline (je paraphrase un peu là, attention). Bref, si vous croyez en l'Europe, vous devez voter oui.

Je reconnais, dans une certaine mesure, la validité de l'argument: une constitution pour l'Europe c'est bien. Mais la grande question, celle qu'évitent soigneusement ces prophètes de l'apocalypse, est la suivante: pourquoi est-ce que le rejet de cette constitution signifie-t-elle la fin du projet européen ? Certes, le "non" englobe bon nombre de positions, allant des gens qui refusent l'Europe jusqu'à de fervents partisans d'une Europe communiste, en passant par toutes les nuances. Mais quoi, les hommes politiques vont-il tous démissionner si le vilain peuple il est méchant avec eux ? Est-ce que leur métier n'inclut pas la tâche de faire une constitution qui soit approuvée par le peuple ?

Pour prendre un exemple, considérons le fait que ce texte inclue d'une part une constitution, et d'autre part un traité définissant les grandes lignes d'une politique économique. La partie économique étant ouvertement et franchement libérale, elle va motiver le rejet de l'ensemble du texte par une partie de la population qui ne serait pourtant pas hostile à l'Europe ou à la constitution. Est-ce qu'on ne peut pas imaginer, par exemple, qu'en cas de refus du texte entier, des consultations soient effectuées sur des parties du texte ? Oui, cela prendra du temps, mais est-il raisonnable de jeter ainsi le bébé avec l'eau du bain, comme on nous menace de le faire ?


Posté par Yusei | Permalink | Catégories: Aujourd'hui