17 mars 2005, à 20:44

Vitesse de libération


Le Times Online publie un article intéressant sur Aubrey De Grey, dont j'ai déjà parlé, et sur sa conviction que le premier humain à vivre 150 ans a de fortes chances d'être aussi le premier humain à vivre 1000 ans, si l'on atteind une vitesse de libération à partir de laquelle la science de la lutte contre le vieillissement évoluera plus vite que le gain de durée de vie qu'elle apporte. Autrement dit, un traitement nous donne dix ans de vie supplémentaire, et pendant ces dix ans de nouveaux traitements sont développés, qui eux-même...

Parmis les objections évoquées par l'article, on trouve le fait que des humains immortels (par vieillissement, mais toujours mortels par accident) ne seraient plus humains. Il s'agit d'une objection d'ordre philosophique, puisque le critère qui détermine le changement d'espèce est ici assez flou, et même en admettant que nous devenions une nouvelle espèce, j'ai du mal à voir en quoi c'est un argument négatif. Pourtant, ceux qui l'utilisent trouvent ça évident.

D'autres personnes objectent que si nous vivons 1000 ans, notre mémoire ne pourra pas suivre et que, ne nous souvenant plus de nos cent premières années, nous ne serions plus la même personne. C'est une critique technique, qui repose sur le fait que nous ne soyons pas capables d'améliorer notre mémoire, ce qui reste à voir. Si nous étions capables de lutter contre le vieillissement, pourquoi serions nous fatalement incapables d'augmenter nos capacités ? Mais il est tout à fait possible qu'un obstacle insurmontable se dresse devant nous. Cependant, l'article répond très bien à cette objection. Je ne me souviens pas avec précision de mes dix premières années, est-ce que cela fait de moi une personne différente ? Ce qui définit l'identité d'une personne semble être la continuité dans les souvenirs, et pas l'ensemble des souvenirs.

Je passe sur d'autres critiques peu argumentées, qui attaquent l'optimisme de la démarche plutôt que les questions techniques. Il reste toutefois une certaine quantité d'objections qui ne sont plus techniques ou philosophiques mais sociales. Si l'on admet que lutter contre le vieillissement est faisable (voire souhaitable), il reste à résoudre les problèmes sociaux qui iront avec. Tout d'abord, l'accès équitable aux traitements, ensuite le respect de ceux qui choisiront de ne pas subir ces traitements, et enfin les éventuels problèmes liés à la conservation de nos modes de vies actuels avec des durées de vies bien plus importantes. Je vois donc deux étapes à accomplir. D'abord, une démarche scientifique pour déterminer si cela est possible, ensuite (ou mieux, en parallèle), une démarche politique pour faire en sorte que la société soit capable de recevoir ce progrès si elle le désire. D'une manière assez intéressante, tous les problèmes de société que l'on présente comme un obstacle à l'immortalité sont des problèmes que l'on aimerait bien voir résolus même si on ne vit jamais plus de 120 ans. Alors au boulot.

(Note surprenante tirée de l'article: les hommes semblent plus favorables que les femmes (75% contre 25%) à la lutte contre la mort. Je serais tenté de penser que cela vient du fait que l'on a habitué les femmes à accepter le risque de mourir pendant l'enfantement ou à se sacrifier pour leur progéniture, alors que l'allongement de la durée de vie semble imposer un contrôle des naissances, mais c'est peut-être un peu simplicite comme raisonnement. Des idées ?)


Posté par Yusei | Permalink | Catégories: Demain, Philosophie