23 février 2005, à 12:24

Arimaa


Grace à une dépêche sur Slashdot annonçant la résolution du jeu de Go sur un plateau de 5 lignes sur 5, j'ai découvert un nouveau jeu de plateau, Arimaa, qui se joue avec un plateau d'échecs, mais qui en est très différent.

Arimaa a été créé en réaction au fait que les ordinateurs sont meilleurs que la plupart des humains au jeu d'échecs, mais que cela est dû à leur puissance de calcul plutôt qu'à leur intelligence. Les ordinateurs qui jouent aux échecs ont juste besoin de calculer beaucoup de coups à l'avance pour être relativement bons. Au jeu de Go, cela n'est pas le cas pour plusieurs raisons: tout d'abord, le facteur de branchement est plus important: à chaque tour, il y a beaucoup plus de coups possibles. Ensuite, il est beaucoup plus difficile d'évaluer la qualité d'un coup.

Arimaa a donc été créé pour être un jeu de ce type: difficile pour les ordinateurs, et faciles à aborder pour les humains. Et pour bien montrer qu'il s'agit d'un défi aux ordinateurs, les créateurs du jeu offrent 10 000 $ au concepteur du premier programme à battre un humain de leur choix avant 2020.


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17 février 2005, à 22:39

L'ennemi est bête...


L'ennemi est bête : il croit que c'est nous l'ennemi, alors que c'est lui !

Pierre Desproges

La science essaye d'expliquer autant que possible d'où nous venons, comment le monde a été, et comment il est devenu ce qu'il est, mais elle ne semble pas vouloir nous donner de raison à notre existence, ou même à l'existence du monde. Il n'est donc pas étonnant que, y compris parmis les scientifiques, on trouve des gens qui croient. Qui croient en une philosophie, en une religion, peu importe, mais qui croient en une métaphysique qui leur explique pourquoi le monde.

Ce que je n'arriverai jamais à saisir, par contre, c'est pourquoi un chrétien (par exemple) est convaincu que sa foi est la bonne, et pas celle de son voisin musulman. Soyons clairs, il s'agit de deux religions « révélées », c'est à dire que dans les deux cas, la vérité a été donnée à l'humain par Dieu. Contrairement à une théorie scientifique, il n'y a pas de manière de « vérifier » sa croyance, en faisant par exemple une expérience. D'ailleurs, si le scepticisme de saint Thomas (qui « ne croit que ce qu'il voit ») n'est pas présenté comme une qualité, ce n'est pas par hasard. Par conséquent, comment quelqu'un de rationnel peut-il faire un choix entre deux religions révélées ? Si l'on recherche une explication d'ordre religieuse à l'existence du monde, sur quoi peut-on se baser pour choisir cette explication, parmi celles disponibles ? D'où vient cette sensation de certitude sur la véracité de sa foi ?


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13 février 2005, à 19:00

La pomme de la discorde


Le phénomène est apparu avec la naissance de MacOS X, et s'est très largement accentué depuis la sortie du Mac mini: une partie conséquente du public de GNU/Linux (et des *BSD) quitte le navire. Les réactions des visiteurs de slashdot lorsque paraît un article indiquant comment installer une Debian sur un Mac mini sont révélatrices : pourquoi faire cela, alors qu'on a déjà MacOS X, qui est un Unix ? Pourquoi s'embêter avec d'éventuels problèmes de compatibilité matérielle, alors que la machine est livrée avec un système convivial et performant ?

Chacun a sa propre réponse, mais l'argument le plus évident est celui de la « liberté » au sens défini par la Free Software Foundation. Bien que MacOS X ait un goût d'Unix, il n'a rien d'un logiciel libre. Vous ne pouvez pas en regarder le code source, vous ne pouvez pas le modifier (ou le faire modifier par quelqu'un d'autre), et vous ne pouvez pas en disposer comme vous le désirez. Ces considérations, qui sembleront peut-être futiles à ceux qui veulent juste que leur ordinateur fonctionne, sont pourtant importantes pour certains, et ont conduit à la création du mouvement des logiciels libres, qui a produit les plus importantes briques d'Internet, et des systèmes d'exploitation entiers. Que vous décidiez que cela ne vous intéresse pas, d'accord, mais que vous vous demandiez pourquoi montre que, décidément, nous n'aurions pas dû utiliser d'arguments techniques pour vous convaincre d'utiliser des logiciels libres.


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11 février 2005, à 19:56

L'étoffe de la réalité


À la question « un humain peut-il de nos jours savoir tout ce qui est su ? », David Deutsch préfère la question « peut-on comprendre tout ce qui est compris ?». Partant du principe que le but des théories scientifiques est d'expliquer la réalité, et que les théories, en s'améliorant et en gagnant en puissance, permettent de décrire la plus efficacement, l'auteur de l'étoffe de la réalité s'applique à isoler et analyser les théories qui lui semblent le meilleur point de départ vers une compréhension totale de la réalité, une théorie de tout.

L'auteur distingue quatre brins dans l'étoffe de la réalité.

  • Tout d'abord, la mécanique quantique, qui selon une interprétation largement admise entraîne l'existence d'une multitude d'univers parallèles qui n'interfèrent que peu avec le nôtre.
  • L'épistémologie telle qu'elle est vue par Popper décrit la manière dont s'établit la connaissance scientifique: on découvre des problèmes dans la théorie en vogue, que l'on essaye de résoudre, ce qui donne naissance à un ensemble de nouvelles théories, qui seront réfutées jusqu'à ce que l'une d'entre-elle devienne la nouvelle théorie en vogue.
  • La théorie du calcul, fondée par Turing, Church et d'autres, décrit ce que l'on peut calculer physiquement et le fait qu'une machine, dite universelle, peut calculer tout ce qu'une machine dédiée peut calculer.
  • Enfin, la théorie de l'évolution, dont j'ai suffisemment parlé précédemment.

David Deutsch présente ces trois théories d'une manière limpide, ainsi que la manière dont elles sont entremêlées et permettent, lorsqu'on les considère ensemble, de mieux comprendre l'étoffe dont est faite la réalité. Malgré le fait que les opinions bien tranchées, et les affirmations parfois osées de Deutsch risquent d'en énerver certains, je ne peux que recommender l'étoffe de la réalité, qui continue à m'inspirer après une seconde lecture.


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09 février 2005, à 22:59

Notre belle Europe


J'ai déjà parlé il y a quelque temps des manoeuvres peu élégantes des lobbies pro-brevets logiciels qui, après avoir ignoré les amendements au texte votés par le Parlement, essayaient de faire passer la directive en douce. La Pologne s'y était opposée. Depuis, ils ont retenté le coup, et la Pologne s'est encore opposée. Puis, le Parlement a voté un retour du texte en première lecture, ce qui laissait l'espoir de voir les amendements rétablis. Et bien non, c'est reparti pour un tour. Dans huit jours, les brevets logiciels seront de nouveau à l'ordre du jour, et la Pologne ne fera plus opposition.

Question: à quoi sert le Parlement, si ses décisions peuvent-être ignorées par le Conseil ? À quoi servent nos députés ? Que faire pour que l'Europe devienne un jour une démocratie ?

MàJ (12 février): Les brevets logiciels ont été retirés de l'ordre du jour.


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05 février 2005, à 12:14

Pays de merde


Le 31 juillet 2004, un samedi soir, deux jeunes américaines décident de rester chez elles et de cuisiner des cookies pour offrir à leurs voisins. Seulement voila, une de leurs voisines, une femme de 49 ans qui n'était même pas seule chez elle, est effrayée par le fait qu'on frappe à sa porte à 22h30, et a une crise d'angoisse qui la conduit à l'hôpital. Malgré une lettre d'excuses et une offre de payer les frais d'hôpital, la charmante madame Young préfère porter plainte, et les deux jeunes filles sont condamnées à payer 900$ (les frais d'hôpital, justement).

« Ce n'est pas une douce victoire, dit-elle, je n'en tire pas de satisfaction. J'espère juste que les filles en auront tiré une leçon ». Je n'en doute pas.

L'article, via BoingBoing.


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03 février 2005, à 20:08

L'eldorado de l'indexage


Google n'a pas inventé l'idée, mais a lancé la mode avec son Google Desktop. Le concept révolutionnaire consiste à mettre la puissance de Google au service de son rangement personnel. Et depuis, les systèmes d'indexation des fichiers locaux fleurissent partout sur le web. Tout part du constat qu'un rangement en arborescence n'est pas optimal, et que tout classement manuel devient ingérable dès que la quantité de fichiers grandit.

Malheureusement, il est trop tôt. Les utilisateurs purs, ceux qui n'ont pas envie d'apprendre comment marche leur machine, éprouvent en général la plus grande difficulté à s'habituer au fait que l'ordinateur est bête, et qu'il fait ce qu'on lui demande, pas ce qu'on voudrait qu'il fasse. Un moteur de recherche est très efficace s'il est bien utilisé, mais la plupart du temps, il est utilisé d'une manière qui n'est pas optimale. Ce n'est pas gênant sur le Web, car on n'a pas conscience des résultats que l'on manque, on ne voit que ce que l'on trouve. Le web est en quelque sorte un espace infini, et le moteur de recherche nous donne accès à une petite partie de cet espace. Le disque dur, par contre, est un espace fini, dont on connaît vaguement le contenu. Une recherche imparfaite donnera des résultats qui sembleront bien moins satisfaisants: autant il est facile de trouver une page parlant de volailles, autant il est difficile de trouver la page unique que l'on cherche. Si les gens se fient à un moteur bête pour trier leurs documents, mais se comportent comme si le moteur était intelligent, les résultats seront frustrants.

Pour que le système fonctionne correctement, il lui faudra être capable d'établir de véritables liens entre les documents, et de voir un rapport entre un fichier parlant de poules et un fichier parlant de volailles. Il faut donc, dans une certaine mesure, que la machine cesse de faire ce qu'on lui demande, et commence à faire ce que l'on attend d'elle. On ne sait pas simuler actuellement une vraie intelligence, à vrai dire on ne sait même pas faire une machine qui comprenne le sens d'un texte en général. Mais on sait tirer des corrélations statistiques qui permettent d'établir des liens sémantiques. Avec une représentation visuelle adaptée de ces liens, il devrait être possible de créer vraiment un nouveau mode d'organisation de ses fichiers.

(Malgré tout, j'attend avec impatience que Beagle arrive à maturité, ne serait-ce que pour essayer de bricoler par dessus)


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