31 janvier 2005, à 19:55

La complexité issue du hasard ?


Certaines personnes, lorsqu'on leur présente la théorie de l'évolution (encore elle), objectent qu'il n'est pas crédible qu'un processus aléatoire puisse produire quelque chose d'aussi complexe qu'un organisme vivant. On peut répondre à cela de plusieurs manières, par exemple en évoquant des simulations de processus d'évolution qui ont produit des solutions complexes, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse pour le moment. Je n'ai pas de réflexion profonde à proposer, juste une idée à lancer en l'air. Pardonnez-moi le manque de rigueur.

La notion de complexité est vague. Le sens commun ne s'accorde pas bien avec certaines définitions de la complexité, comme celle de Kolmogorov. Dans la théorie de l'information, la complexité d'une information est la taille du plus petit programme qui produit cette information. Pour schématiser, plus une chose est simple à décrire, et moins elle est complexe. La suite (1,2,...,n) est plus courte à décrire (moins complexe) qu'une suite aléatoire de n chiffres, que je devrais énumérer en entier.

Cela s'accorde mal au sens commun, car suivant cette définition, le corps humain est moins complexe qu'un arrangement aléatoire des atomes qui le composent. En décrivant une de ses cellules, on décrit à peu près bien les autres de ses cellules. En décrivant les interactions entre ces cellules, et tout un tas de propriétés dont je n'ai aucune idée, nous nous arrangeons pour décrire un corps sans énumérer la position et la composition de chacune des molécules qui le composent.

Alors, le hasard peut-il engendrer le manque de complexité ? Certaines informations structurées ont la propriété de se recopier, alors qu'une information aléatoire n'a pas cette propriété (cf. le gène égoïste, là encore). Il semble donc logique que, le hasard aidant, les informations pouvant se répliquer apparaissent; et une fois apparues, persistent.


Posté par Yusei | Permalink | Catégories: Philosophie

21 janvier 2005, à 9:15

Juste une théorie


L'évolution est traître. C'est une des théories les plus connues du grand public, et aussi une des moins comprises. Ce qui fait que des gens ne la comprenant pas la critiquent sur des points qui ne font pas partie d'elle. Par exemple, beaucoup pensent que l'évolution est un concept dont nous n'avons pas la certitude qu'il existe en pratique. L'évolution est un fait, et il est facile de faire des simulations et de constater que, lorsque les conditions de base sont réunies, l'évolution apparaît. La controverse entre les opposants et les défenseurs de l'évolution repose sur le fait de savoir si c'est ce processus qui a mené à l'existence de la vie telle que nous la connaissons, pas sur le fait que ce processus existe et soit simplement reproductible.

Le processus d'évolution est très simple en lui même, mais le fait que nous l'ayons d'abord appliqué au vivant nous conduit à y appliquer nos préjugés. Il est facile de penser que l'évolution de la vie avait pour but de mener à nous, même si nous savons pour la plupart que c'est faux. Il y a des préjugés qui sont moins évidents que celui-là, et les deux livres dont je vais parler me semblent donner une vision assez juste du problème.

Tout d'abord, le célèbrissime « Gène égoiste » de Richard Dawkins fournit un aperçu assez complet de l'évolution telle qu'elle est généralement acceptée, et repose sur le fait, rarement compris par les non spécialistes, que l'évolution favorise la reproduction des gènes, et non la survie des organismes. Étant, nous mêmes, des organismes, nous avons tendance à considérer que les phénomènes biologiques existent par, et pour, nous bien que ce ne soit pas systématiquement (et finalement, rarement) le cas. C'est le premier préjugé trompeur qui disparaît.

« L'éventail du vivant », de Stephen Jay Gould, règle son sort au deuxième préjugé, le mythe du progrès. On entend souvent parler d'échelle de l'évolution, avec plus ou moins l'homme à son sommet, et des bactéries à sa base. L'idée dans cette métaphore est que la vie a commencé avec des organismes simples, qui se sont complexifiés au fil du temps, pour mener à des organismes de plus en plus « évolués », dont l'humain. C'est oublier le fait que le règne dominant, à la fois en nombre d'individus et en quantité d'espace habité, est et a toujours été les bactéries. L'idée centrale du livre, superbement traîtée par Gould, est que l'évolution est un processus aveugle, un buissonnement, qui part dans tous les sens. Mais il y a une barrière, qui empêche les organismes simples de se simplifier. C'est la raison pour laquelle nous croyons voir une tendance à la complexification, alors que le buissonnement de l'évolution ne fait que s'étendre dans toutes les directions possibles.

Réducteur, déprimant, de se voir relégué dans une brindille de l'arbre du vivant, et simple véhicule de nos gènes ? Ni Dawkins ni Gould ne le pensaient, et ceux qui ne se vexeront pas et iront jusqu'au bout de leur lecture pourront voir que l'un comme l'autre sont plutôt optimistes sur la nature de l'humain.


Posté par Yusei | Permalink | Catégories: Lecture, Philosophie

14 janvier 2005, à 6:39

Autocollants créationnistes


Ce manuel contient des informations sur l'évolution. L'évolution est une théorie, et non un fait, concernant l'origine des choses vivantes. Ces informations doivent être approchées avec un esprit ouvert, étudiées avec attention, et considérées avec un esprit critique.

On trouve depuis quelques temps ce genre d'autocollants sur des manuels de biologie de lycée aux États-Unis. Il s'agit bien sûr d'une initiative des mouvements créationnistes, qui aimeraient bien que l'idée d'un créateur soit mise au même niveau de crédibilité que l'évolution. Cela a suscité pas mal de réactions, dont certaines très bien pensées, comme ces fabuleux stickers.

Tout ça, ça n'avait rien de nouveau. Mais attention, ces autocollants ont été déclarés anti-constitutionnels, ce qui n'est pas rien aux États-Unis. Je suis mitigé à ce sujet. D'un côté, l'évolution est clairement la théorie la plus vérifiée, et n'est plus sérieusement mise en doute, donc c'est une bonne chose de ne pas faire croire aux étudiants qu'elle est particulièrement douteuse. D'un autre côté, en dehors d'une petite confusion (l'évolution n'essaye pas d'expliquer l'origine de la vie mais son... évolution), l'autocollant en question est parfaitement vrai, et pourraît conduire à un débat tout à fait instructif sur le status de la connaissance scientifique. Sûrement bien plus instructif que toute décision juridique.

Ne vaudrait-il pas mieux le prendre au pied de la lettre, et expliquer qu'aucune théorie scientifique n'est un fait ? Que la théorie de l'évolution est une théorie scientifique, mais que le créationnisme n'en est pas une, car il n'est pas réfutable ?


Posté par Yusei | Permalink | Catégories: Aujourd'hui

11 janvier 2005, à 19:10

Mathematics Awareness Month


Il paraît que le mois d'Avril est le Mathematics Awareness Month (le mois où l'on est conscient des mathématiques), et l'édition de cette année a pour thème « Les mathématiques et le Cosmos ». Il s'agit de donner aux gens le goût des maths en leur montrant d'une part qu'elles sont partout, et d'autre part qu'elles sont au moins aussi intéressantes que des sciences plus « pratiques ».

Sur le site, on trouve des essais intéressants, mais surtout des liens vers des ressources liés au thème de cette année, ainsi que les éditions précédentes. Plein de lecture en perspective !


Posté par Yusei | Permalink | Catégories: Aujourd'hui, Philosophie

09 janvier 2005, à 11:28

En quoi croyez-vous ?


Pour fêter 2005, la fondation Edge a demandé à 120 scientifiques ce en quoi ils croyaient sans pouvoir le prouver. C'est une question piège, puisque le travail de la science est plus de réfuter des théories incorrectes que de prouver de bonnes théories, ce qui est impossible, sauf en mathématiques (et encore). Néanmoins, les réponses sont intéressantes, et répondent plus souvent à la question « en quoi croyez-vous, qui ne soit pas réfutable pour le moment ? »

Pour ma part, le crois en la MWI, c'est à dire: que la mécanique quantique s'explique par des univers multiples, mais je ne dispose pas d'assez d'éléments pour avoir un avis de valeur sur la question. Par contre, je crois que si cette interprétation est vraie, et si tous les univers physiquement possibles existent, alors à chaque instant, il existe des univers dans lesquels nous ne mourrons pas. Si je meurs dans un accident, dans une heure, il existera encore des univers dans lesquels je n'ai pas eu cet accident. C'est la théorie de l'immortalité quantique. C'est étonnant, difficile à croire, mais c'est ce qui découle directement de l'intérprétation précédente.


Posté par Yusei | Permalink | Catégories: Aujourd'hui, Philosophie