31 décembre 2004, à 15:05

Tais-toi et nage


Dans la catastrophe qui a fait (au décompte actuel) plus de 120 000 morts, et changé la carte de l'asie, il semble qu'il n'y ait pas eu de morts parmi les animaux (trouvé sur BoingBoing). Voila qui laisse songeur, et devrait donner à réfléchir à ceux qui pensent que l'homme est au sommet d'une « échelle » de l'évolution.

Ceci dit, nous avons pour habitude d'atténuer nos « défauts » physiques avec l'aide de la technologie. L'alerte aurait pu être lancée en Inde et au Sri Lanka si ces pays avaient fait partie du réseau de surveillance international.

(Dans un registre moins dramatique, si vous avez trouvé Cthulhu sur une plage du Sri Lanka, prévenez les cryptozoologistes).


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29 décembre 2004, à 19:50

Les univers Harry Potter


La MWI (Many Worlds Interpretation) est une manière d'interpréter la mécanique quantique, qui prétend que lorsqu'un phénomène pouvant avoir plusieurs résultats se produit, alors tous les résultats se produisent, dans des univers différents. Par exemple, lorsque je lance une pièce, dans certains univers elle va tomber sur pile, et dans d'autres sur face. Si la pièce est correctement équilibrée, la proportion d'univers dans laquelle j'obtiendrai pile est (en gros) la même que la proportion d'univers dans laquelle j'obtiendrai face. Mais cela va plus loin: dans une proportion beaucoup plus petite d'univers, la pièce va tomber sur sa tranche, et dans d'autres, elle ne retombera pas (elle aura, par exemple, été avalée par un oiseau, ou frappée par la foudre).

Pour formuler les choses simplement, la MWI prétend que tout ce qui est physiquement possible se produit dans un univers. Plus quelque chose est probable, et plus il se produit dans un grand nombre d'univers, mais il existe une infinité d'univers où des choses très improbables se produisent. Il ne faut pas s'étonner que nous ayons l'impression d'un monde qui se comporte « normalement », ce n'est qu'une conséquence du principe anthropique et du fait que nous avons infiniment plus de probabilités de nous trouver dans un univers où des évènements improbables ne se produisent pas.

Si l'on accepte la MWI, on est obligés de conclure qu'il existe des « univers Harry Potter », où des phénomènes improbables se produisent continuellement et donnent l'impression que la magie existe. Par exemple, il existe des univers où quand Harry s'installe sur son balais, celui-ci se soulève du sol. Mais, ce qui est plus drôle, c'est qu'il existe un plus grand nombre d'univers où la « magie » cesse brusquement de fonctionner, et où tout le monde s'écrase au sol en plein match de Quidditch.


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22 décembre 2004, à 21:08

Il dit qu'il voit pas l'rapport


Graphe pour octobre et novembre 2004

Aujourd'hui, jouons avec les blogs. Depuis un moment, j'avais envie de m'amuser à collecter les liens que je semais ici, et de voir s'il était possible d'en faire ressortir quelque chose. Alors j'ai fait un filtre très basique, qui collecte les liens des messages, ne garde que leur domaine, et relie les domaines qui apparaîssent dans le même article. Voici quelques essais avec le logiciel graphviz.


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22 décembre 2004, à 11:31

Europe, ton univers impitoyable


D'abord, les défenseurs de la brevetabilité des logiciels ont essayé de faire passer leur directive en douce, tablant sur une faible mobilisation, mais ça n'a pas marché, et le vote a été reporté. D'ailleurs, le parlement a voté le texte, mais avec un certain nombre d'amendements qui limitent le domaine de ce qui est brevetable. Alors le conseil européen a validé la directive, mais en supprimant ces amendements, court-circuitant la décision du parlement (dont les députés sont élus par les européens, contrairement au membres du conseil). Contester cette réforme impliquerait de recommencer le processus de vote au niveau du parlement, mais c'est encore faisable.

Arrive l'automne, et une annonce est faite au parlement, selon laquelle le conseil ne voterait pas la directive en 2004. Quelques jours plus tard, la manoeuvre de 2003 recommence, et la directive est insérée en piggybacking dans l'ordre du jour d'une réunion concernant... la pêche. Il a fallu un déplacement du sous-secrétaire d'État de Pologne pour que la directive soit retirée de l'ordre du jour, et reportée à plus tard. Est-ce qu'il faut vraiment que je formule un commentaire sur ce genre de pratiques ? En tout cas, dans un film, on n'y croirait pas...

(Ceux qui comme moi connaissent mal les rôles des différentes institutions impliquées pourront trouver de l'aide sur nosoftwarepatents.com.)


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20 décembre 2004, à 20:34

Question de vie ou de mort


Une petite énigme logique que j'ai apprise d'un ancien prof de cryptologie m'est revenue l'autre jour :

Vous revenez d'une quête, et vous arrivez à l'orée d'une forêt, alors que le chemin se sépare en deux. Vous avez le choix entre l'itinéraire de gauche, et l'itinéraire de droite, mais une légende locale dit que l'une des voies mène à la mort, alors que l'autre permet de traverser la forêt. Devant vous se tient une maison, habitée par une très vieille femme. Cette femme connaît le bon chemin, mais tous les matins, lorsqu'elle se lève, elle décide au hasard si elle va mentir ou dire la vérité, pour toute la journée. Vous êtes obligé de choisir un des deux chemins, et vous pouvez poser une seule question (dont la réponse est "oui" ou "non") à la vieille femme, qui est obligée de vous mentir si elle a décidé de mentir toute la journée, et obligée de vous dire la vérité si c'est ce qu'elle a choisi pour la journée. Quelle question lui poser afin de choisir le chemin qui vous permettra de traverser la forêt sain et sauf ?

(La réponse ici dans quelques temps)


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12 décembre 2004, à 12:44

On prend tous le train qu'on peut, bis


Il y a quelques jours, je parlais d'un article sur Aubrey De Grey, un des grands défenseurs de la lutte contre le vieillissement. Cette fois-ci c'est un article plus complet (5 pages bien remplies), et plus axé sur les personnalités, que nous propose Popular Science. C'est à mon avis la meilleure approche, la plupart des propositions de De Grey étant un peu trop spéculatives pour que des non spécialistes puissent se prononcer. Il ressort de cet article une impression un peu mitigée du journaliste : d'un côté, De Grey a l'air un peu timbré (son look n'arrange rien), il est autodidacte, ses ambitions sont extrêmes, et une espèce de pessimisme ambiant nous fait douter que le futur puisse être vraiment positif. D'un autre côté, De Grey est écouté par ses collègues. Pas forcément cru et soutenu, mais écouté.

Un argument positif est assez bien résumé dans l'article: le vieillissement comme on le connaît n'est probablement une nécessité biologique, mais plutôt un effet secondaire de l'évolution par sélection naturelle. La sélection naturelle est un phénomène naturel qui, pour résumer, favorise les organismes les plus adaptés à leur environnement, alors pourquoi est-ce que l'évolution n'a pas éliminé le vieillissement ? Pour répondre à cela, il faut remarquer que la sélection naturelle ne favorise pas l'organisme qui survit le mieux, mais l'organisme qui a le plus de chances de se reproduire. Une fois qu'un organisme s'est reproduit, on peut dire que le processus de sélection naturelle « s'en désintéresse », ce qui explique que les individus vieillissant moins vite n'aie pas été favorisés.

Un autre point intéressant est que De Grey vise une extention radicale de la durée de vie moyenne, 5 000 ans (et donc bien plus pour la durée de vie maximale). Comme le souligne justement le journaliste, si on arrive à 150 ans en bonne santé, ce sera déjà un progrès appréciable. C'est la raison pour laquelle il est important d'avoir des buts idéalistes à long terme, même en étant réaliste. On peut très bien se rendre compte des difficultés innombrables qui mènent à cet objectif ultime, réaliser qu'il y a peu de chances qu'il soit atteint (de notre vivant), et néanmoins vouloir aller dans ce sens, car chaque pas en avant est bénéfique. Si l'on cherche à repousser la mort de 1000 ans, et qu'on en gagne 20, devra-t-on s'estimer perdants ?

Enfin, l'article souligne quelques problèmes éthiques potentiels, dont l'accès à ces traitements pour les plus pauvres, et le problème de surpopulation. Concernant l'accès aux plus pauvres, je dirais que l'on ne s'interdit pas de chercher un traitement contre le SIDA sous prétexte que peut-être, ce traitement sera d'abord accessible aux riches. Ce n'est pas spécialement le rôle des scientifiques que de résoudre ce problème, c'est plutôt le rôle de la société (les scientifiques en font partie, mais n'y sont pas seuls). Concernant le problème de surpopulation induit par une durée de vie multipliée par 100, l'auteur parle d'une vie sans enfants. C'est tout simplement faux, il faut parler d'une vie avec contrôle des naissances. Pour qu'il n'y ait pas d'augmentation de la population, il suffit qu'il y ait au maximum autant de naissances que de mort. L'équation est simple, cela fait un enfant par personne, tout au long de sa vie. Un contrôle strict me semble raisonnable, étant donné le bénéfice que l'on en retire. Et puis, si je devais vivre 5 000 ans, je pense que j'aurais la patience d'attendre quelques centaines d'années « qu'une place se libère » pour avoir un enfant.


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10 décembre 2004, à 18:10

Calculer l'incalculable


La thèse de Church-Turing dit en substance que n'importe quelle fonction que l'on considère comme calculable peut être calculée par une machine de Turing. Les ordinateurs que nous rencontrons tous les jours sont exactement aussi puissants qu'une machine de Turing universelle, ni plus, ni moins. Nous savons qu'il existe des fonctions qui ne sont pas calculables par une machine de Turing. Le problème le plus courrament utilisé pour illustrer ce fait est le problème d'arrêt : est-il possible de décider si une machine de Turing à laquelle on donne des données va s'arrêter, ou bien va boucler infiniment ? La manière intuitive de faire cela échoue : on peut faire tourner la machine pendant 10 minutes, et si elle s'arrête on répond oui. Mais si elle ne s'est pas arrêtée au bout de dix minutes, rien ne nous permet de conclure qu'elle ne va pas s'arrêter dans les minutes suivantes.

On peut prouver assez facilement qu'il est impossible de faire un programme exécuté sur une machine de Turing qui puisse décider si un programme quelconque se termine. L'idée générale consiste à supposer qu'un tel programme P existe, c'est à dire que P(A) dit oui si A se termine, et non si A boucle. Ensuite, on construit un programme Q(A) qui dit oui si A boucle (si P(A) répond non), et boucle si A se termine (si P(A) répond oui). Lorsqu'on applique Q à lui même, Q(Q), il répond oui si Q ne se termine pas, et ne se termine pas si Q se termine. C'est absurde, et donc on doit conclure que Q n'existe pas. La seule difficulté pour construire Q est de construire P, donc P n'existe pas. Nous sommes donc en présence d'un problème de décision non calculable. Existe-t-il un moyen de s'en sortir ?

Des théoriciens ont défini des machines de Zénon, aussi connues sous le nom de machines de Turing accélérées. Leur nom s'inspire des réflexions du philosophe Zénon, dont j'ai déjà parlé ici. Une machine de Zénon est une machine de Turing qui met une demi-minute à faire sa première étape de calcul, puis un quart de minute à faire la seconde, un huitième pour la troisième, etc. Comme elle calcule de plus en plus vite, et que la somme (ifinie) des délais nécessaires à chaque étape tend vers un, au bout d'une minute elle aura effectué un nombre infini de calculs. Par conséquent, on peut définir une machine de Zénon qui possède une valeur particulière X commençant à 0, à qui on donne un programme P, et qui doit écrire 1 dans X si jamais P se termine. Au bout d'une minute, on observe X. Si X=1, c'est que P s'est terminé. Si X=0, c'est que P ne s'arrête jamais.

Les machines de Zénon ont deux défaut. Le premier défaut est qu'elles semblent être uniquement du domaine de l'idée ; intuitivement, on imagine mal une machine qui accélère infiniment. Toutefois, des solutions physiques ont été proposées, qui seraient théoriquement possibles si certaines hypothèses sont vérifiées. Une des solutions consiste à lancer la machine dans un trou noir. Du point de vue d'un observateur externe, la machine effectue ses calculs de plus en plus vite, et au moment où elle est absorbée par le trou noir, elle a effectué un nombre infini de calculs. Je vous passe les détails, mais parmis les hypothèses douteuses, nous avons besoin d'une source d'énergie infinie, et nous avons besoin que le temps soit infiniment divisible.

Le deuxième défaut est qu'elles peuvent produire des incongruités. En effet, si on imagine une machine de Zénon qui fait X=1, X=0, X=1, X=0... alors quelle sera la valeur de X au bout d'un nombre infini d'itérations ? Est-ce un signe que les machines de Zénon sont impossibles, et cela peut-il nous révéler quelque chose concernant les solutions physiques dont j'ai parlé plus haut ?

À lire aussi sur la question, un article de Jean-Paul Delahaye dans le numéro 312 de Pour la Science.


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07 décembre 2004, à 0:03

On prend tous le train qu'on peut


Aging really is barbaric. It shouldn't be allowed. I don't need an ethical argument. I don't need any argument. It's visceral. To let people die is bad.

Cette citation d'Aubrey De Grey apparaît dans un article qui résume assez bien l'état de la lutte contre le vieillissement, à la fois sur le plan scientifique et social. Aubrey De Grey est un biologiste qui a décidé de lutter contre la mort « naturelle », sous la forme d'un projet nommé « Strategy for Engineered Negligible Senescence » (SENS). L'article en question est peut-être un peu trop optimiste, étant publié par une entreprise qui vend des suppléments nutritifs, et n'insiste pas beaucoup sur les opposants à la lutte contre le vieillissement, mais malgré tout, ça fait envie.


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02 décembre 2004, à 9:48

Lutte contre le SIDA


Hier, Slashdot parlait d'un vaccin prometteur contre le SIDA. Bon, il ne s'agit pas vraiment d'un vaccin, du moins pas comme je le comprend, puisque c'est destiné à soigner des gens déjà infectés. C'est d'ailleurs très loin d'être une certitude, puisque les tests sur des humains n'ont pour l'instant porté que sur dix-huit patients brésiliens. Et c'est loin d'être applicable à grande échelle, car cela utilise des dendrites du patient. Mais c'est quand même une très bonne nouvelle.

Pourquoi est-ce que j'ai précisé que les patients étaient brésiliens ? Le même jour, BBC News nous annonçait que le Brésil, incapable de maintenir la lutte contre le SIDA à cause de brevets sur les médicaments, envisageait de déclarer l'état d'urgence sanitaire. En effet, selon les règles de l'OMC, un pays peut ignorer les brevets sur les médicaments dans ce cas. Je suppose que cela n'est pas sans conséquences négatives. Bref, deux aspects contradictoires de la lutte contre le SIDA.

MàJ : un lecteur (ouah!) me signale une chronique du Monde sur le même sujet, dénonçant l'indifférence face à la situation en Afrique. Je viens de comprendre pourquoi il y a eu tant d'articles parlant du SIDA hier, c'était la journée mondiale contre le SIDA... le seul jour où on n'est pas indifférents, c'est ça ?


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