Il y a quelques jours, je parlais d'un article sur Aubrey De Grey, un des grands défenseurs de la lutte contre le vieillissement. Cette fois-ci c'est un article plus complet (5 pages bien remplies), et plus axé sur les personnalités, que nous propose Popular Science. C'est à mon avis la meilleure approche, la plupart des propositions de De Grey étant un peu trop spéculatives pour que des non spécialistes puissent se prononcer. Il ressort de cet article une impression un peu mitigée du journaliste : d'un côté, De Grey a l'air un peu timbré (son look n'arrange rien), il est autodidacte, ses ambitions sont extrêmes, et une espèce de pessimisme ambiant nous fait douter que le futur puisse être vraiment positif. D'un autre côté, De Grey est écouté par ses collègues. Pas forcément cru et soutenu, mais écouté.
Un argument positif est assez bien résumé dans l'article: le vieillissement comme on le connaît n'est probablement une nécessité biologique, mais plutôt un effet secondaire de l'évolution par sélection naturelle. La sélection naturelle est un phénomène naturel qui, pour résumer, favorise les organismes les plus adaptés à leur environnement, alors pourquoi est-ce que l'évolution n'a pas éliminé le vieillissement ? Pour répondre à cela, il faut remarquer que la sélection naturelle ne favorise pas l'organisme qui survit le mieux, mais l'organisme qui a le plus de chances de se reproduire. Une fois qu'un organisme s'est reproduit, on peut dire que le processus de sélection naturelle « s'en désintéresse », ce qui explique que les individus vieillissant moins vite n'aie pas été favorisés.
Un autre point intéressant est que De Grey vise une extention radicale de la durée de vie moyenne, 5 000 ans (et donc bien plus pour la durée de vie maximale). Comme le souligne justement le journaliste, si on arrive à 150 ans en bonne santé, ce sera déjà un progrès appréciable. C'est la raison pour laquelle il est important d'avoir des buts idéalistes à long terme, même en étant réaliste. On peut très bien se rendre compte des difficultés innombrables qui mènent à cet objectif ultime, réaliser qu'il y a peu de chances qu'il soit atteint (de notre vivant), et néanmoins vouloir aller dans ce sens, car chaque pas en avant est bénéfique. Si l'on cherche à repousser la mort de 1000 ans, et qu'on en gagne 20, devra-t-on s'estimer perdants ?
Enfin, l'article souligne quelques problèmes éthiques potentiels, dont l'accès à ces traitements pour les plus pauvres, et le problème de surpopulation. Concernant l'accès aux plus pauvres, je dirais que l'on ne s'interdit pas de chercher un traitement contre le SIDA sous prétexte que peut-être, ce traitement sera d'abord accessible aux riches. Ce n'est pas spécialement le rôle des scientifiques que de résoudre ce problème, c'est plutôt le rôle de la société (les scientifiques en font partie, mais n'y sont pas seuls). Concernant le problème de surpopulation induit par une durée de vie multipliée par 100, l'auteur parle d'une vie sans enfants. C'est tout simplement faux, il faut parler d'une vie avec contrôle des naissances. Pour qu'il n'y ait pas d'augmentation de la population, il suffit qu'il y ait au maximum autant de naissances que de mort. L'équation est simple, cela fait un enfant par personne, tout au long de sa vie. Un contrôle strict me semble raisonnable, étant donné le bénéfice que l'on en retire. Et puis, si je devais vivre 5 000 ans, je pense que j'aurais la patience d'attendre quelques centaines d'années « qu'une place se libère » pour avoir un enfant.