27 novembre 2004, à 20:28

Les nombres réels sont-ils réels ?


Les mathématiciens connaissent deux types d'infini. L'infini potentiel consiste à dire qu'un marcheur peut toujours faire un pas supplémentaire, ou que si l'on a compté jusqu'à un nombre n, on peut toujours continuer jusqu'à n+1. L'infini actuel, lui, consiste à considérer qu'un segment de droite est en fait un ensemble infini de points, ou que l'intervalle [0, 1] est un ensemble infini de nombres réels. L'infini potentiel parle donc d'infini « de principe » qui n'a pas d'existence concrète, alors que l'infini actuel prétend que des quantités infinies existent réellement.

La question reste ouverte de savoir si l'infini existe dans notre monde physique, ou bien s'il n'a de réalité que dans l'esprit des mathématiciens. Par exemple, le temps ou l'espace sont-ils infiniment divisibles ? On pense, par exemple, au paradoxe de Zénon, selon lequel un coureur (Achille) ne peut en rattraper un autre plus lent (la tortue), car il doit d'abord parcourir la moitié de la distance qui les sépare. Pendant ce temps, la tortue a progressé un tout petit peu, et Achille doit toujours parcourir la moitié de la distance qui les sépare, etc.

G. J. Chaitin expose dans un article intéressant quelques arguments mathématiques et physiques contre la continuité, donc contre l'existence d'une infinité indénombrable de nombres réels. Il s'agit d'un exposé court et clair sur un le sujet, qui donne envie d'aller fouiller dans ses références. En particulier, il m'a donné envie de finir la lecture du livre de Wolfram, A New Kind of Science, malgré son autosatisfaction énervante.

À lire aussi sur le sujet, le numéro de décembre 2000 de Pour la Science, consacré aux Infinis.


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26 novembre 2004, à 19:12

Copyright, copyleft et juste milieu


Certains de mes (peu) nombreux visiteurs auront peut-être remarqué le logo CreativeCommons: Some Rights Reserved qui orne les pages de ce blog. Il s'agit de la licence associée aux textes du site, une licence libre (dans le sens des logiciels libres) qui autorise quiconque à redistribuer et/ou modifier le contenu, sous réserve d'en citer l'auteur, et de ne pas changer la licence. On parle beaucoup du mouvement Creative Commons, mais beaucoup de gens ne savent pas qu'il existe plusieurs licences CC.

Le mouvement Creative Commons a été lancé par un groupe d'experts de la « propriété intellectuelle », dont le plus connu chez nous est Lawrence Lessig, dans le but de trouver un compromis entre le contrôle total des oeuvres artistiques par leur ayant droit et la liberté totale du public vis à vis de ces oeuvres. Il s'agit d'offrir un cadre légal aux artistes qui veulent garder un certain nombre de droits, mais néanmoins permettre le partage et le travail communautaire. Creative Commons propose plusieurs licences, qui sont constituées en assemblant des « briques » légales:

  • Attribution: oblige les gens qui distribuent l'oeuvre à préciser que vous en êtes l'auteur.
  • Noncommercial: l'oeuvre peut être copiée et diffusée, mais pas de manière commerciale.
  • No Derivative Works: l'oeuvre peut être copiée et diffusée, mais on ne peut pas en faire de travail dérivé.
  • Share-alike: les travaux dérivés ne peuvent être diffusés que s'ils portent la même licence que l'oeuvre d'origine.

Il est donc possible d'assembler ces briques comme on le désire, tant qu'elles sont compatibles entre-elles. Par exemple, si vous n'autorisez pas les oeuvres dérivées, la clause Share-alike ne peut pas être utilisée. On peut donc remarquer que, si nous prenons la définition donnée par la FSF d'un logiciel libre, les licences comprenant la clause Noncommercial ou la clause No Derivative Works ne sont pas libres. Il est important de s'en souvenir afin de ne pas associer aveuglément une licence Creative Commons avec la notion de logiciel libre. Vérifiez quels droits vous avez !

Chacun est libre de faire ses choix parmi ces clauses, mais celle qui me semble la plus douteuse, et qui pourtant est souvent choisie, est la clause interdisant les travaux dérivés. Je ne suis pas avocat, mais intuitivement la limite entre une oeuvre dérivée par X et une oeuvre inspirée par X est assez floue. La création d'une oeuvre ne se fait jamais ex nihilo, mais à partir de notre culture, alors dans quelle mesure peut-on interdire les oeuvres dérivées ? Beaucoup de gens s'en servent pour garder la paternité de leurs personnages (dans le cas du texte) et éviter que l'on mette dans leur bouche des propos que l'auteur ne soutiendrait pas. Je reste dubitatif.


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15 novembre 2004, à 20:02

Nous ne sommes pas des baleines


- Je cherchais mon chat, ça fait une semaine qu'il a disparu, répondis-je en essuyant mes paumes moites de sueur sur mon pantalon. Il paraît que quelqu'un l'a vu par ici.
- À quoi il ressemble ?
- Un gros matou, avec des rayures brunes, et le bout de la queue un peu tordu.
- Et le nom, c'est quoi ?
- Noboru, répondis-je. Noboru Wataya.
- Pas le vôtre, celui du chat.
- Noboru Wataya.
- Ah ? C'est classe, pour un chat.

Je viens de me (re)lancer dans la lecture des Chroniques de l'oiseau à ressort, de l'auteur japonais Haruki Murakami. Le plus dur, maintenant, c'est d'arriver à le reposer pour faire autre chose. Murakami est un auteur étonnant, et ses romans vont du fantastique (La course au mouton sauvage) au roman intimiste (La ballade de l'impossible), en passant par la science-fiction (La fin des temps). La seule constante dans ses romans: il décrit un ordinaire surréaliste, et un fantastique banal.

Une tentative de non-explication de l'auteur, dans cette interview:

I don't know why I like weirdness so much. Myself, I'm a very realistic person. I don't trust anything New Age [...] I'm very realistic. But when I write, I write weird. That's very strange. When I'm getting more and more serious, I'm getting more and more weird. When I want to write about the reality of society and the world, it gets weird.


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13 novembre 2004, à 20:44

Le droit de mentir ?


Depuis quelques temps, je comprends mieux le rêve des cyberpunks de s'interfacer directement aux machines. J'utilise des sites comme Wikipédia en guise de mémoire secondaire. Une mémoire qui contient beaucoup de choses, mais dont le temps d'accès est très lent. Il est souvent frustrant de se confronter à l'imperfection de nos interfaces actuelles.

La cybernétique a bien sûr d'autres avantages que de me permettre de mieux manipuler mon ordinateur. En particulier, elle permet déjà aux handicapés d'effectuer des tâches simples simplement avec leur esprit. C'est une technologie extrèmement utile, et qui en plus fait rêver les amateurs de science fiction (ou les nerds au fond de leurs caves). Alors, l'heure est-elle aux réjouissances ?

Il semble que toutes nos avancées aient leur côté obscur, et j'avoue que les inconvénients liés au développement de ces dispositifs m'avait échappé jusqu'à ce que Boing Boing en parle. En effet, s'il est possible de contrôler une machine avec notre pensée, cela signifie qu'il existe un dispositif qui permet de lire nos états mentaux. Si on peut lire nos états mentaux, et les interpréter, alors il faudra pouvoir contrôler qui a accès à ces informations. Les détecteurs de mensonge actuels sont plutôt risibles, mais que dire de détecteurs basés sur ce genre de technologies ?

(Cette remarque s'applique aussi à l'uploading, qui se base sur le fait que l'on peut reproduire la conscience humaine dans une simulation à partir du moment où l'on peut lire les états des éléments constituant le cerveau.)


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08 novembre 2004, à 17:39

La lavandière des poissons


Le camée Léon venait de prendre la parole. Il balançait devant moi son petit plumeau en me parlant à la quatrième personne comme il sied à un valet de son espèce nuageuse. Avec tout l'enjouement dont je suis capable je lui objectai successivement le vacarme, l'idiotie parfaite des étages supérieurs et la cage d'ascenseur qui présentait aux nouveaux venus une grande seiche de lumière. Les derniers entrants, une femme et un homme de la navigation amoureuse, désiraient parler à Madame de Rosen. C'est ce que le camée Léon vint me dire, lorsque la sonnette retentit et que le brillantin se mit à glisser. De mon lit je n'apercevais que la veilleuse énorme de l'hôtel battant dans la rue comme un coeur ; et sur l'une des artères était écrit le mot : central, sur une autre le mot : froid, - froid de lion, froid de canard ou froid de bébé ? Mais le camée Léon frappait de nouveau à ma porte. [...]

5, dans Poisson soluble de André Breton.

L'écriture automatique consiste à écrire sans réfléchir à ce qu'on écrit. On l'utilise parfois pour faire du spiritisme, mais on retrouve aussi cette pratique dans le domaine artistique, depuis le Surréalisme. L'idée fondamentale derrière tout cela est que l'écriture automatique permet de s'affranchir des conventions et autres barrières mentales. Le plus étrange dans tout cela est que la lecture de ces oeuvres est intéressante. Il ne s'agit pas d'écriture aléatoire: il n'y aurait pas beaucoup d'intérêt à lire un poème écrit au hasard par un ordinateur (encore que...). Voila une piste originale pour les amateurs d'intelligence artificielle et de sciences cognitives, produire un programme capable de faire de l'écriture automatique qui ne soit pas de l'écriture aléatoire.


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04 novembre 2004, à 19:21

UNIX Sucks


À chaque fois que j'en ai l'occasion, je fais la promotion des systèmes d'exploitation libres comme GNU/Linux, pour des raisons à la fois techniques et politiques. Parfois, une personne qui a trouvé un défaut à GNU/Linux vient me voir pour me montrer que ce système n'est pas parfait. C'est une évidence dont je n'ai jamais douté, et je suis comme tout le monde confronté à l'imperfection de nos systèmes actuels. Je me contente de recommender ceux que je considère comme étant les moins mauvais, tous critères confondus.

Une des raisons pour lesquelles le système (au sens large) de GNU n'est pas parfait est le manque d'aide à la représentation et au traitement intuitif de l'information. Avec la disponibilité d'une quantité incroyable d'information est venu le besoin de traiter cette information à l'échelle humaine. Je ne parle pas de traîtement professionnel, mais dans la vie de tous les jours. Par exemple, j'utilise l'agrégateur de flux RSS liferea, qui me permet de réunir toutes mes sources de nouvelles en un même endroit, mais les outils pour en profiter manquent. L'outil de recherche est efficace, mais à des années lumières de ce que j'aimerais avoir. J'aimerais, entre autres, une représentation visuelle des liens entre les différents articles. J'aimerais, en lisant un article, voir quels articles lui sont apparentés, et que cette représentation soit « intelligente ». Dans le même ordre d'idées, j'aimerais avoir une représentation convenable des liens entre les fichiers présents sur mon disque dur. Mieux encore, j'aimerais avoir plusieurs représentations distinctes, chacune correspondant à des liens différents (articles liés par auteurs, liés par thèmes, etc.). Intuitivement, on sent que les fichiers de mon disque dur et les articles sur le Web demandent le même type de traîtement.

À défaut de disposer d'intelligence artificielle, l'évolution vers un meilleur système passera par l'intégration des outils statistiques de prédiction dont nous disposons, afin de déduire automatiquement des liens entre différentes informations, et par les outils de représentation, principalement les graphes. Une bonne partie de tout cela est disponible dès maintenant, mais est essentiellement utilisé pour la recherche ou les applications industrielles. Nous avons besoin de pouvoir utiliser de manière indolore ces systèmes dans les applications de tous les jours.


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