23 octobre 2004, à 20:19

Tout le monde en parle


Tout le monde parle de la nouvelle distribution de GNU/Linux, celle faite par la boîte du milliardaire Mark Shuttleworth, vous savez, Ubuntu. Basée sur une Debian, elle est censée être plus facilement installable et plus simple d'utilisation. Comme je n'aime pas être anticonformiste, et que c'était ça ou travailler, j'ai décidé d'essayer aussi.

Comme promis, la distribution s'est installée tout seule, pendant que je discutais. Une petite manipulation manuelle à faire pour la rajouter dans mon gestionnaire de démarrage, et c'est parti. Première impression: il m'a fallu deux jours pour installer complètement ma Debian, et ici tout fonctionne du premier coup. Je vérifie, j'ai bien le son et la vidéo, la souris et le trackpad sont gérés simultanément, etc. Un unique bémol: la bibliothèque de décryptage des DVD n'étant pas incluse, il faut faire une manipulation pour la rajouter, qui sera un peu fastidieuse pour les débutants auxquels Ubuntu se destine.

Ce petit problème réglé, on se retrouve effectivement, en une demie heure, avec une distribution élégante et fonctionnelle, et avec les outils favoris des amateurs de Debian. Bien sûr, il y aura des gens pour critiquer certains des choix faits par Ubuntu (sudo par défaut pour le premier compte, seulement Gnome comme gestionnaire de bureau, etc.), mais cette distribution semble atteindre son but.


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10 octobre 2004, à 19:28

Surveille ton langage


En linguistique, l'hypothèse Sapir-Whorf postule que la langue que nous parlons affecte la manière dont nous pensons. Plus exactement, affecte la manière dont nous concevons le monde. L'envie de vérifier cette hypothèse a donné naissance au Lojban, un langage artificiel dont la grammaire propose plusieurs manières structurées de formuler des concepts proches, et permet d'être étonnament précis tout en restant utilisables par un humain lors d'une conversation.

L'hypothèse Sapir-Whorf reste donc à ce jour une conjecture. Cependant, en informatique, elle semble vérifiée régulièrement. En effet, il existe plusieurs paradigmes de programmation, dont les plus connus sont la programmation impérative (en C, Java, etc.) où l'on décrit les instructions à exécuter l'une après l'autre, et la programmation fonctionnelle, où l'on s'intéresse à des fonctions et à leurs valeurs. On sait que tous les langages de programmation sont équivalents à une machine de Turing universelle, et donc sont tous aussi puissants les uns que les autres. Pourtant, il existe des algorithmes qui semblent « naturels » dans un paradigme et sont très difficiles à formuler dans un autre. Tout programmeur habitué à un langage impératif qui s'est essayé à la programmation fonctionnelle (ou l'inverse) en a fait la dure expérience. C'est une des raisons pour laquelle il existe une telle diversité de langages de programmation.

Il semble difficile de mélanger deux paradigmes (bien que certains langages le fassent). Il est aussi difficile de changer de paradigme temporairement pour résoudre un problème. Affirmation subjective: un bon langage de programmation est un langage qui reste fidèle à son paradigme « d'origine », mais qui sait faire en sorte que les tâches « appartenant » à d'autres paradigmes soient formulables de manière naturelle. Le langage Ruby est un bon exemple de langage impératif (objet) qui sait incorporer de manière naturelle des éléments fonctionnels.


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08 octobre 2004, à 12:44

Apologie de la fainéantise


Les 35 heures sont pour certains une réforme efficace, et pour d'autres la source de tous les maux. Les mêmes chiffres sont utilisés par les deux camps, ce qui montre à quel point il est difficile d'isoler les conséquences d'un facteur parmi des dizaines d'autres. Il existe pourtant un point qui est trop rarement évoqué. Une politique économique n'a de sens que si on précise son but. Pour savoir si elle est efficace, il faut d'abord isoler le but vers lequel on voudrait aller, et voir si elle va effectivement dans ce sens.

Dans le domaine de l'emploi, on peut distinguer deux grandes catégories de travail. Il y a le travail qui est effectué pour vivre, et « le reste », qui inclue le travail fait par plaisir, par intérêt, par conviction, etc. Pourquoi distinguer les deux ? Le travail effectué par nécessité est différent des autres par bien des aspects, dont le plus évident est que sans ce travail, on a du mal à vivre correctement. Un autre aspect est qu'on ne fait pas ce travail par envie. Les autres types de travail sont effectués pour des raisons sociales ou personnelles, et sont donc radicalement différentes. Ce sujet est développé de manière très intéressante dans L'Éthique hacker et l'esprit de l'ère de l'information, de Pekka Himanen.

On peut isoler deux buts que devrait avoir une politique économique. Tout d'abord, à court terme, il faut essayer de faire en sorte qu'un maximum de gens puissent assouvir leur besoin de travail nécessaire, pour qu'ils puissent vivre dans de bonnes conditions. Ensuite, un but idéalisé, à très long terme, serait de réduire cette quantité de travail nécessaire. Du point de vue d'un individu, le progrès technique n'a de sens que s'il réduit sa charge de corvées, pas s'il l'augmente. Ce but idéalisé n'est pas partagé par tous. Certains voient le travail comme faisant partie de la nature humaine (voire comme un devoir religieux, pour les protestants). C'est ce qui explique que la réduction du temps de travail est souvent dénoncée comme une réforme de « fainéants ». C'est ignorer l'existence de cette autre catégorie de travail dont je parlais plus haut. Ne pas devoir travailler pour vivre ne veut pas dire absence de travail, mais flexibilité dans le choix de ce travail.

Revenons aux 35 heures. Il est évident qu'une réduction du temps de travail va dans le sens de ce que j'appelle le but idéalisé (car non atteignable avant longtemps). Cela ne suffit pas à en faire une bonne politique économique. Considérant le but à court terme, le principe des 35 heures est de répartir une partie des emplois sur des gens qui n'en ont pas. Les gens disposant d'un emploi en sacrifient quelques heures pour en donner à ceux qui n'en ont pas. Cela va bien dans le sens que j'ai défini, et dit qu'il faut favoriser le nombre de gens pouvant accomplir leur part de travail vital plutôt que la capacité des gens qui peuvent déjà faire cela à gagner plus pour leur confort (au sens large, tout ce qui est au dela de la simple survie).

La question importante est donc: est-ce que les 35 heures parviennent à ce but à court terme ? La seule objection pertinent que j'ai lue est que les entreprises demandent la même charge de travail à leurs employés, et n'engagent pas de nouvelles personnes. Si l'on croit ne serait-ce qu'un peu à la régulation automatique du marché et au libéralisme, on doit croire que ce n'est que temporaire. Peu à peu, les entreprises vont oublier qu'il y a eu réforme, et se contenteront de combler leurs besoins en main d'oeuvre. L'effet que l'on observe est forcément temporaire, même s'il met du temps à se résorber. On a observé le même phénomène lors du passage à l'euro: les commerçants ont augmenté leurs prix pour profiter de la réforme, mais si l'on croit que le marché se régule tout seul, tôt où tard les prix vont se réaligner sur la demande. Ce qui ne change rien au malaise des gens qui vivent dans la mauvaise période.

Je prétend donc que les 35 heures sont une politique économique qui va dans le sens du but à court terme, mais aussi du but à long terme, ce qui la place au dessus des réformes aussi efficaces mais qui oublieraient le long terme.


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01 octobre 2004, à 19:38

I know Kung-fu


La représentation des connaissances est un problème auquel nous sommes tous confrontés. D'abord, pour apprendre un sujet, nous sentons tous intuitivement qu'un cours magistral ou un livre ne sont pas les meilleures méthodes, car elles ne mettent pas assez en avant les liens entre leurs objets. Ensuite, lorsque nous avons appris un sujet, mais que nous ne l'avons plus pratiqué depuis longtemps, il est difficile de se « remettre dans le bain », et il faut parfois refaire le parcours d'apprentissage d'origine.

La méthode de Mind mapping, créée par Tony Buzan, se pratique avec une feuille de papier et des stylos de couleur. Il s'agit de représenter les liens sémantiques entre les différents objets composant le sujet. On note au centre de la feuille le sujet principal, dans une bulle, puis chaque objet abordé est noté quelque part sur la feuille et relié à l'objet qui en découle par un trait. On utilise les couleurs, les formes, les distances et des dessins pour faire des séparations ou souligner des éléments (un exemple est plus clair qu'une explication). Les mind maps peuvent être utilisées pour prendre des notes, et permettent de se remettre en mémoire le contenu des notes beaucoup plus facilement, en s'appuyant sur le visuel.

Il existe de nombreux logiciels permettant de faire du mind mapping, dont le logiciel libre FreeMind, qui est assez agréable d'utilisation, mais qui a le défaut d'être fait en Java et de ne pas fonctionner sur les machines virtuelles libres (pour autant que je sache). Il peut se piloter au clavier, ce qui permet de l'utiliser pour prendre des notes. J'ai quelques envies qui ne rentrent pas dans le mode de fonctionnement de FreeMind, j'espère que j'aurai le temps de les mettre en pratique.


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